CONSEIL
PONTIFICAL DE LA CULTURE
CONSEIL
PONTIFICAL POUR LE DIALOGUE INTERRELIGIEUX
AVANT-PROPOS
La présente étude traite du «Nouvel Âge» ou «New Age», un phénomène complexe qui influence maints aspects de la culture contemporaine.
Cette étude est un rapport provisoire. Elle est le fruit de la réflexion commune du Groupe de Travail sur les Nouveaux Mouvements Religieux, formé de membres du «staff» de différents dicastères du Saint-Siège: les Conseils Pontificaux de la Culture et pour le Dialogue Interreligieux (qui sont les principaux rédacteurs de ce projet), la Congrégation pour l'Evangélisation des Peuples et le Conseil Pontifical pour la Promotion de l'Unité des Chrétiens.
Les réflexions présentées ici s'adressent avant tout à ceux qui sont engagés dans l'action pastorale afin qu'ils soient en mesure d'expliquer en quoi le mouvement du Nouvel Âge diffère de la foi chrétienne. Cette étude est une invitation à prendre en considération la soif spirituelle de beaucoup de nos contemporains, hommes et femmes. Il est nécessaire de reconnaître que l'attrait exercé par la religiosité Nouvel Âge sur certains chrétiens peut en partie s'attribuer à l'absence d'une prise en considération sérieuse, de la part de leurs propres communautés, des thèmes qui font vraiment objet de la synthèse catholique. Ces thèmes sont, entre autres: l'importance de la dimension spirituelle de l'homme et son intégration dans un «tout» de vie, la recherche du sens de la vie, les liens entre les êtres humains et le reste de la création, le désir de transformation personnelle et sociale, le rejet d'une vision rationaliste et matérialiste de l'humanité.
Ce document attire l'attention sur la nécessité de connaître et de comprendre le Nouvel Âge comme courant culturel, mais aussi sur l'exigence, pour les catholiques, de comprendre la doctrine et la spiritualité catholiques authentiques de manière à discerner correctement les thèmes de ce courant. Les deux premiers chapitres présentent le Nouvel Âge comme une tendance culturelle multiforme, ainsi qu'une analyse des principaux fondements de la pensée transmis dans ce contexte. Aux chapitres trois et suivants, on trouvera des indications en vue d'une enquête approfondie sur ce mouvement face au message chrétien. Quelques suggestions de nature pastorale sont également proposées.
Ceux qui souhaitent approfondir l'étude du Nouvel Âge trouveront d'utiles références en appendice. On espère en particulier que cet ouvrage sera un encouragement à mener des études plus poussées dans les différents contextes culturels. Son but est aussi d'encourager un discernement chez ceux qui sont à la recherche de points de repère solides pour une vie plus pleine. Nous sommes vraiment convaincus que chez beaucoup de nos contemporains «en recherche», il est possible de découvrir une vraie soif de Dieu. Comme l'a dit le Pape Jean-Paul II à un groupe d'évêques des États-Unis: «Les Pasteurs doivent se demander honnêtement s'ils prêtent suffisamment d'attention à la soif du cur humain pour la véritable 'eau vive' que seul le Christ, notre Rédempteur, peut lui apporter (cf. Jn 4, 7-13). Ils devraient insister sur la dimension spirituelle de la foi, sur l'éternelle fraîcheur du message de l'Évangile et sur sa capacité de transformer et de renouveler ceux qui l'acceptent» (AAS 86/4, 330).
1
QUEL GENRE DE RÉFLEXION?
Les réflexions qui suivent veulent être un guide pour les catholiques engagés dans l'annonce de l'Évangile et dans l'enseignement de la foi, à quelque niveau que ce soit, dans l'Église. Ce document n'a pas pour but de fournir un ensemble de réponses exhaustives aux nombreuses questions posées par le Nouvel Âge ou les autres signes contemporains de l'éternelle recherche humaine de sens, du bonheur et du salut. C'est une invitation à comprendre ce courant culturel et à engager un dialogue sincère avec ceux qui sont influencés par sa pensée. Le document guide la compréhension et la réponse au Nouvel Âge des personnes engagées dans une tâche pastorale, illustrant les points où cette spiritualité s'oppose à la foi catholique et réfutant les théories embrassées par les penseurs Nouvel Âge en contraste avec la foi chrétienne. Ce qui est vraiment demandé aux chrétiens, c'est d'abord et avant tout, une foi reposant sur des fondements solides. Sur cette base stable, ils peuvent bâtir une vie qui soit une réponse positive à l'appel contenu dans la première Épître de Pierre: «Soyez toujours prêts à la défense contre quiconque vous demande raison de l'espérance qui est en vous. Mais que ce soit avec douceur et respect, en possession d'une bonne conscience» (1 P 3, 15 ss.).
1.1. Pourquoi maintenant?
Le troisième millénaire s'ouvre non seulement deux mille ans après la naissance du Christ, mais aussi en un temps où des astrologues croient que l'ère des Poissons, connue d'eux comme l'ère chrétienne, touche à sa fin. Les réflexions présentées ici portent sur le Nouvel Âge, qui a emprunté son nom à l'ère astrologique imminente du Verseau. Le Nouvel Âge est une des nombreuses explications de la signification de ce moment historique dont est bombardée la culture contemporaine (surtout occidentale), et il est difficile d'y distinguer clairement ce qui est compatible avec le message chrétien et ce qui ne l'est pas. Il semble donc que le moment soit venu de proposer une évaluation chrétienne de la pensée du Nouvel Âge et du mouvement Nouvel Âge dans son ensemble.
On a dit, avec raison, que beaucoup d'hommes balancent aujourd'hui entre certitude et incertitude, en particulier sur les questions liées à leur identité.1 Quelques-uns affirment que la religion chrétienne est patriarcale et autoritaire, que les institutions politiques sont incapables de changer le monde, et que la médecine officielle (allopathique) échoue clairement à guérir vraiment les hommes. Le fait que ce qui était autrefois des éléments centraux de la société soit aujourd'hui perçu comme peu fiable ou dépourvu d'une autorité véritable a créé un climat dans lequel les individus regardent en eux-mêmes, à la recherche de sens et de force. Ils se tournent aussi vers les institutions alternatives, dont ils espèrent qu'elles répondront à leurs besoins profonds. La vie chaotique ou peu structurée des communautés alternatives des années 1970 a donné lieu à une recherche de discipline et de structures, qui sont des éléments-clés de certains mouvements «mystiques» très répandus aujourd'hui. Le Nouvel Âge séduit surtout parce qu'une grande partie de ce qu'il offre répond à des besoins que les institutions établies n'ont pas toujours été capables de satisfaire.
Mais si le Nouvel Âge est né, dans une large mesure, en réaction contre la culture contemporaine, il en est en même temps, sous bien des aspects, l'héritier direct. La Renaissance et la Réforme ont façonné l'individu occidental moderne, peu enclin à accepter le poids d'une autorité simplement extrinsèque ou de la tradition. Les hommes éprouvent de moins en moins le besoin d'« appartenir » à des institutions (et pourtant la solitude est un grand fléau de la vie moderne) et ne sont plus disposés à faire passer les jugements «officiels» avant les leurs. Ce culte de l'homme s'accompagne d'une intériorisation de la religion qui prépare le terrain à la sacralisation du «moi». C'est la raison pour laquelle le Nouvel Âge a beaucoup de valeurs en commun avec la culture d'entreprise et l'«évangile de la prospérité» (dont il sera question plus en détail au chapitre 2.4), et avec la culture consumériste, dont l'influence est bien perceptible dans le nombre sans cesse croissant de ceux qui affirment qu'il est possible de mêler le christianisme au Nouvel Âge, en prenant ce qui leur semble le meilleur de chacun.2 Il vaut la peine de rappeler que certaines déviances au sein du christianisme sont allées au-delà du théisme traditionnel en acceptant un repli sur soi à sens unique, au risque d'encourager un tel mélange d'approches. Ce qu'il est important d'observer, c'est que dans certaines pratiques Nouvel Âge, Dieu est réduit à la fonction de soutenir la promotion de l'individu.
Le Nouvel Âge s'adresse à ceux qui adhèrent pleinement aux valeurs de la culture moderne, considérant comme sacrées la liberté, l'authenticité, l'indépendance et autres valeurs du même ordre. Il s'adresse à ceux qui ont des problèmes avec le patriarcat. Il «ne demande pas plus de foi qu'il n'en faut pour aller au cinéma»,3 tout en déclarant satisfaire les besoins spirituels des gens. Mais la question cruciale qui se pose ici est: qu'entend-t-on exactement par spiritualité dans les milieux du Nouvel Âge? La réponse met en lumière quelques différences entre la tradition chrétienne et la mouvance Nouvel Âge. Certaines tendances du Nouvel Âge exploitent les pouvoirs de la nature et tentent de communiquer avec un autre monde pour découvrir le destin des individus, ou pour les aider à se brancher sur la bonne vibration afin de tirer le meilleur parti d'eux-mêmes et des circonstances. Dans la plupart des cas, il est totalement fataliste. Le christianisme, au contraire, est une invitation à regarder hors de soi et au-delà, vers le «nouvel avènement» d'un Dieu qui nous appelle à vivre le dialogue d'amour.4
1.2. L'ère des communications
Depuis quelques années, la révolution technologique des communications a créé une situation entièrement nouvelle. La facilité et la rapidité avec lesquelles les hommes peuvent désormais communiquer est une des raisons pour lesquelles le Nouvel Âge a réussi à attirer l'attention de personnes de tous âges et de tous milieux, au point que beaucoup de ceux qui suivent le Christ ne savent plus trop ce qu'il en est. L'Internet en particulier a pris une influence considérable, surtout chez les jeunes, pour qui il représente un moyen congénial et fascinant d'obtenir des informations. Mais c'est aussi un moyen insidieux de désinformation sur bien des aspects de la religion: ce qui est présenté sous l'étiquette «chrétien» ou «catholique» est loin d'être toujours un reflet fidèle des enseignements de l'Église catholique, et en même temps, les sites Nouvel Âge se multiplient, allant des plus sérieux aux plus ridicules. Une information fiable sur les différences entre le christianisme et le Nouvel Âge est donc plus que jamais nécessaire.
1.3. Le contexte culturel
En examinant diverses traditions Nouvel Âge, on s'aperçoit qu'en fait, bien peu de choses sont véritablement nouvelles. S'il semble que ce terme se soit répandu d'abord à travers les Rosicruciens et les Francs-Maçons au temps des révolutions française et américaine, la réalité qu'il dénote est plutôt une variante contemporaine de l'ésotérisme occidental, dont l'origine remonte aux groupes gnostiques des premiers siècles du christianisme. Ayant pris un nouvel essor en Europe à l'époque de la Réforme, il se développa parallèlement aux conceptions scientifiques du monde et acquit peu à peu une justification rationnelle aux XVIIIe et XIXe siècles. Il se caractérise par le rejet progressif d'un Dieu personnel au profit d'entités qui servaient souvent d'intermédiaires entre Dieu et l'humanité dans le christianisme traditionnel, en leur faisant subir des adaptations de plus en plus originales ou en leur en adjoignant d'autres. Une autre tendance de la culture moderne occidentale qui a puissamment contribué à la diffusion des idées Nouvel Âge est l'acceptation générale de la théorie évolutionniste de Darwin qui, avec l'accent mis sur les forces spirituelles cachées ou forces de la nature, a jeté les bases de ce qui est connu aujourd'hui comme la théorie du Nouvel Âge. En réalité, si le Nouvel Âge a bénéficié d'un accueil si favorable, c'est parce que la vision du monde sur laquelle il se fondait était déjà largement acceptée. Le terrain avait été bien préparé par les progrès du relativisme et par l'indifférence ou même l'antipathie envers la religion chrétienne. Par ailleurs, un débat très animé a porté sur le point de savoir si, et dans quelle mesure, le Nouvel Âge pouvait être considéré comme un phénomène post-moderne. L'existence et la ferveur de la pensée et de la pratique Nouvel Âge confirment le désir inextinguible de transcendance de l'esprit humain et de sens religieux, ce qui n'est pas seulement un phénomène culturel actuel, mais était déjà manifeste dans le monde antique chez les chrétiens comme chez les païens.
1.4. Le Nouvel Âge et la foi catholique
Même s'il est possible d'admettre que la religiosité Nouvel Âge répond, d'une certaine manière, aux désirs spirituels légitimes de la nature humaine, il est nécessaire de reconnaître que cette tentative s'inscrit toujours à l'opposé de la révélation chrétienne. C'est surtout dans la culture occidentale que les approches « alternatives » à la spiritualité attirent de plus en plus. D'une part, les nouvelles formes d'affirmation psychologique de l'individu sont très en vogue chez des catholiques, jusque dans les lieux de retraite, séminaires et maisons de formation pour religieux. En même temps, on constate une certaine nostalgie et un regain de curiosité pour la sagesse et les rites d'autrefois, qui expliquent en partie l'intérêt croissant pour l'ésotérisme et le gnosticisme. Beaucoup sont attirés en particulier par ce qui est connu, à tort ou à raison, comme la spiritualité «celtique» 5 ou les religions des peuples de l'Antiquité. Les ouvrages et les cours sur la spiritualité et les religions anciennes ou orientales sont en plein essor, et ils sont souvent présentés sous l'étiquette «Nouvel Âge» à des fins commerciales. Cependant, les liens avec ces religions ne sont pas toujours évidents et sont même souvent démentis.
Un discernement chrétien approprié sur la pensée et la pratique Nouvel Âge ne manquera pas de reconnaître, comme pour le gnosticisme du second et du troisième siècle, qu'elles représentent un compendium de propositions que l'Église a qualifié d'hétérodoxes. Jean-Paul II met en garde contre «la question de la renaissance de certaines traditions du gnosticisme antique sous la forme de ce qu'on appelle le New Age». «Il est impossible de se laisser bercer par l'illusion que ce retour de la gnose préluderait à un renouveau de la religion. Il s'agit tout simplement de la version moderne d'une attitude spirituelle qui, au nom d'une prétendue connaissance supérieure de Dieu, finit par rejeter définitivement sa Parole en la remplaçant par des paroles toutes humaines. La gnose n'a jamais disparu du champ du christianisme. Elle a toujours cohabité avec lui, parfois en tant que courant philosophique, plus souvent sous des formes religieuses ou parareligieuses, en opposition nette, même si elle n'est pas explicite, avec l'essentiel du christianisme».6 Un exemple nous est donné par l'ennéagramme un instrument pour l'analyse du charactère selon neuf catégories qui, lorsqu'on l'utilise comme instrument de croissance spirituelle, introduit une ambiguïté dans la doctrine et la pratique de la foi chrétienne.
1.5. Un défi stimulant
L'attrait pour la religiosité Nouvel Âge ne doit pas être sous- évalué. Une compréhension imparfaite de la foi chrétienne autorise certains à considérer à tort que la religion chrétienne n'inspire pas une spiritualité profonde et à regarder ailleurs. À vrai dire, certains pensent que le Nouvel Âge tire à sa fin et parlent déjà du «prochain» âge.7 Ils parlent d'une crise qui se serait manifestée au début des années 1990 aux États-Unis, tout en admettant que, surtout en dehors du monde anglophone, cette «crise» pourrait se produire plus tard. Pourtant, le succès des librairies et stations de radio ainsi que la myriade de groupes de réalisation de soi apparus dans les villes, petites et grandes, s'inscrivent en faux contre une telle affirmation. Il semble que, pour le moment du moins, le Nouvel Âge soit encore très vivant et très présent sur la scène culturelle contemporaine.
Le succès du Nouvel Âge est un défi pour l'Église. Les hommes ont le sentiment que la religion chrétienne ne leur offre pas ce dont ils ont vraiment besoin. La recherche qui les amène au Nouvel Âge est une aspiration authentique: à une spiritualité plus profonde, à quelque chose qui touche leur cur et donne un sens à un monde confus et souvent aliénant. Il y a du vrai dans les critiques que le Nouvel Âge porte au «matérialisme de la vie quotidienne, de la philosophie et même de la médecine et de la psychiatrie; au réductionnisme qui refuse de prendre en considération les expériences religieuses et surnaturelles; à la culture industrielle de l'individualisme effréné qui encourage l'égoïsme et se désintéresse totalement des autres peuples, du futur et de l'environnement».8 Les problèmes que peut poser le Nouvel Âge naissent plutôt de ses réponses alternatives aux questions de la vie. Si l'Église ne veut pas être accusée de rester sourde aux aspirations des hommes, il faut que ses membres fassent deux choses: s'ancrer encore plus fermement dans les fondements de leur foi, et percevoir le cri souvent silencieux qui s'élève du cur des hommes, et les porte ailleurs s'ils ne trouvent pas une réponse dans l'Église. C'est aussi un appel à s'unir plus intimement à Jésus-Christ et à marcher à sa suite, lui qui est vraiment le chemin du bonheur, de la vérité sur Dieu et de la plénitude de vie pour tous ceux qui sont prêts à répondre à son amour.
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LA SPIRITUALITÉ NOUVEL ÂGE:
APERÇU GÉNÉRAL
Les chrétiens, dans beaucoup de sociétés occidentales et de plus en plus souvent aussi dans d'autres parties du monde, sont fréquemment en contact avec divers aspects du phénomène du Nouvel Âge. Beaucoup veulent comprendre quelle est la meilleure façon d'aborder ce phénomène fascinant, complexe, insaisissable et parfois même dérangeant. Les réflexions qui suivent sont une tentative pour aider les chrétiens à faire deux choses:
Identifier les éléments de la tradition Nouvel Âge en expansion;
Déterminer, parmi ces éléments, ceux qui s'opposent à la révélation chrétienne.
Cette réponse pastorale à un défi actuel ne cherche pas à dresser la liste complète des phénomènes du Nouvel Âge, parce que ce serait trop long et que ce genre d'informations se trouve facilement ailleurs. Il est essentiel d'essayer de comprendre correctement le Nouvel Âge afin de pouvoir le juger de façon impartiale, en évitant d'en faire une caricature. Il ne serait ni juste ni raisonnable d'affirmer que tout ce qui est lié au Nouvel Âge est bon, ou inversement que tout est mauvais. Mais il demeure quand même difficile, étant donnée la vision de la religiosité Nouvel Âge, de le réconcilier avec la doctrine et la spiritualité chrétienne.
Le Nouvel Âge n'est pas un mouvement selon le sens que l'on donne à ce terme dans l'expression « Nouveaux mouvements religieux », et il ne correspond pas non plus à ce que l'on entend généralement par les termes de « culte » ou de « secte ». S'étendant à toutes les cultures, dans des domaines aussi variés que la musique, le cinéma, les séminaires, les stages, les retraites, les thérapies et bien d'autres activités ou manifestations, il est beaucoup plus répandu et informel, même si certains groupes religieux ou para-religieux incorporent sciemment des éléments Nouvel Âge, et si le Nouvel Âge est considéré par certains comme une source d'inspiration pour diverses sectes religieuses et para-religieuses.9 Loin d'être un mouvement unifié et uniforme, le Nouvel Âge est au contraire un réseau fluide d'adeptes dont l'approche est de penser globalement mais agir localement. Ceux qui font partie de ce réseau ne se connaissent pas nécessairement entre eux et ne se rencontrent que rarement, ou même jamais. Pour tenter d'éviter la confusion que pourrait causer l'emploi du terme « mouvement », certains préfèrent parler du Nouvel Âge comme d'un « milieu »,10 ou d'un « culte d'audience » (audience cult).11 Cependant, on souligne aussi que « c'est un courant de pensée très cohérent »,12 un défi délibéré à la culture moderne. Il s'agit d'une structure syncrétique rassemblant toute sorte d'éléments, ce qui permet aux individus de partager des intérêts ou de nouer des relations à divers degrés et avec différents niveaux d'engagement. Nombre de tendances, pratiques et attitudes appartenant de quelque façon au Nouvel Âge ressortent en réalité d'une réaction générale et facilement identifiable contre la culture ambiante. En ce sens, le terme « mouvement » n'est pas totalement inapproprié, et peut être appliqué au Nouvel Âge au même titre qu'il l'est à d'autres grands mouvements sociaux tels que le mouvement pour les droits civils ou celui pour la paix. Car comme eux, il comprend un ensemble hétéroclite d'individus qui, tout en adhérant aux grands objectifs du mouvement, diffèrent beaucoup par leur niveau d'engagement et leur interprétation des questions particulières.
L'expression « religion Nouvel Âge » étant encore plus controversée, il est préférable d'éviter de l'employer, même si le Nouvel Âge représente bien souvent une réponse aux questions et aux besoins religieux des hommes et qu'il s'adresse surtout à ceux qui tentent de trouver, ou de retrouver, la dimension spirituelle de leur vie. Éviter d'employer le terme « religion Nouvel Âge » ne signifie nullement contester le caractère authentique de cette aspiration à donner une signification et un sens à sa vie, mais seulement respecter la distinction très nette que font la plupart des adeptes du Nouvel Âge entre « religion » et « spiritualité ». Beaucoup d'entre eux ont rejeté la religion organisée, estimant qu'elle ne répondait pas à leurs besoins, pour aller chercher ailleurs la « spiritualité ». En outre, le Nouvel Âge étant convaincu que le temps des religions particulières est révolu, en parler comme d'une religion irait à l'encontre de l'idée qu'il se fait de lui-même. Il est cependant assez juste de situer le Nouvel Âge dans le contexte plus vaste de la religiosité ésotérique, dont la fascination ne cesse de grandir.13
Il convient de mentionner ici un problème inhérent à la présente étude. S'étant donné comme but de comprendre et d'évaluer un phénomène qui est fondamentalement une exaltation de la richesse de l'expérience humaine, elle risque d'être accusée de ne pas faire justice à un mouvement culturel dont l'essence est précisément de rompre ce qu'il considère comme les limites contraignantes du discours rationnel. En fait, c'est surtout une invitation s'adressant à tous les chrétiens pour qu'ils prennent le Nouvel Âge au sérieux et instaurent un dialogue critique avec ces personnes qui abordent le même monde à partir de perspectives bien différentes.
L'efficacité pastorale de l'Église au troisième millénaire dépend dans une large mesure de la préparation de bons communicateurs du message évangélique. Ce qui suit est une réponse aux difficultés indiquées par beaucoup quand il s'agit d'affronter le phénomène complexe et fuyant du Nouvel Âge. C'est une tentative pour comprendre ce qu'est le Nouvel Âge et identifier les questions auxquelles il dit apporter des réponses et des solutions. Il existe d'excellents ouvrages et d'autres études qui envisagent ce phénomène dans son ensemble ou sous certains aspects particuliers, dont quelques-uns sont indiqués en annexe. Ces documents ne font pas toujours preuve, à la lumière de la foi chrétienne, du discernement nécessaire. La présente étude a pour but d'aider les catholiques à découvrir la clé d'interprétation des principes de base de la pensée Nouvel Âge pour pouvoir porter une appréciation chrétienne sur les éléments qui se présentent à eux. Il faut dire aussi que beaucoup réfutent le terme Nouvel Âge, lui préférant celui de « spiritualité alternative », jugé plus correct et moins limitatif. Il est vrai aussi qu'une grande partie des phénomènes mentionnés dans ce document ne portent pas d'étiquette, mais on suppose, pour faire court, que le lecteur reconnaîtra un phénomène ou un ensemble de phénomènes pouvant à juste titre être reliés au mouvement culturel souvent appelé Nouvel Âge.
2.1. Qu'y a-t-il de nouveau dans le Nouvel Âge?
Pour beaucoup, le terme Nouvel Âge indique clairement un tournant majeur dans l'histoire. D'après les astrologues, nous sommes actuellement dans l'ère des Poissons, qui a été dominée par le christianisme. Mais l'ère des Poissons est sur le point de faire place à la nouvelle ère (en anglais New Age) du Verseau, en ce début du troisième millénaire.14 Si l'ère du Verseau jouit d'un tel prestige dans le mouvement Nouvel Âge, cela est dû en grande partie à l'influence de la théosophie, du spiritisme, de l'anthroposophie et de leurs prédécesseurs ésotériques. Ceux qui mettent l'accent sur l'imminence d'un changement au niveau mondial expriment souvent le souhait d'un tel changement, et cela non pas tant dans le monde que dans notre culture, dans notre façon de nous rapporter au monde. Cela est particulièrement évident chez ceux qui avancent l'idée d'un Nouveau Paradigme de vie. Cette approche est attrayante, car dans certaines de ses expressions, les hommes ne se contentent pas d'observer passivement, mais contribuent effectivement à changer la culture et à faire apparaître une nouvelle conscience spirituelle. Dans d'autres expressions, l'accent est mis plutôt sur la progression inexorable des cycles naturels. Quoi qu'il en soit, l'ère du Verseau n'est pas une théorie, mais une vision. Le Nouvel Âge est une tradition très vaste qui incorpore toute sorte d'idées n'ayant pas de lien direct avec le passage de l'ère des Poissons à celle du Verseau. On y trouve des visions modérées et plutôt générales d'un futur où la spiritualité planétaire côtoiera des religions séparées, où des institutions politiques planétaires similaires compléteront les institutions plus locales, avec des entités économiques globales jugées plus participatives et démocratiques, une plus grande place donnée à la communication et à l'éducation, une approche mixte à la santé combinant la médecine officielle et l'auto-guérison, une perception plus androgyne de soi-même, et des systèmes intégrant la science, le mysticisme, la technologie et l'écologie. Encore une fois, tout cela révèle une aspiration profonde à une vie plus pleine et plus saine pour les hommes et pour la planète. Parmi les traditions qui confluent dans le Nouvel Âge, on peut citer, entre autres, les pratiques occultes de l'Égypte ancienne, la kabbale, le gnosticisme des premiers siècles du christianisme, le soufisme, le savoir druidique, le christianisme celtique, l'alchimie médiévale, l'hermétisme de la Renaissance, le bouddhisme zen et le yoga, etc.15
Voici la « nouveauté » du Nouvel Âge: c'est un « syncrétisme d'éléments ésotériques et séculiers »,16 qui convergent dans la perception très répandue que le moment est venu d'un changement radical des individus, de la société et du monde. Il existe diverses expressions de ce besoin de changement:
De la physique mécanique newtonienne à la physique quantique;
De l'exaltation moderne de la raison à la valorisation des sentiments, des émotions et des expériences (en passant de la pensée rationnelle 'de l'hémisphère gauche' du cerveau à la pensée intuitive 'de l'hémisphère droit');
De la prédominance des valeurs viriles et patriarcales à la célébration des valeurs féminines, dans l'individu comme dans la société.
Dans cette perspective, le terme de « changement de paradigme » est souvent employé. Certains vont même jusqu'à suggérer qu'un tel changement n'est pas seulement souhaitable, mais inéluctable. Le rejet de la modernité qui est à l'origine de ce désir de changement n'est pas nouveau, mais peut être décrit comme une « résurgence moderne des religions païennes influencée par les religions orientales, la psychologie, la philosophie, la science, et la contre-culture répandue dans les années 1950 et 1960 ».17 En fait, si le Nouvel Âge est bien le signe d'une révolution culturelle et d'un rejet des idées et des valeurs de la culture occidentale, son criticisme idéaliste est lui- même paradoxalement typique des cultures qu'il condamne.
Il convient de dire quelques mots à propos du changement de paradigme. L'expression a été lancée par Thomas Kuhn, un historien des sciences américain qui voyait le paradigme comme « un ensemble de croyances, valeurs, techniques, etc. partagées par les membres d'une communauté donnée ».18 Lors du passage d'un paradigme à un autre, il y a un changement total de perspective plutôt qu'une transition progressive. Il s'agit véritablement d'une révolution, et Kuhn ajoute que les paradigmes concurrents sont incompatibles et ne peuvent pas coexister. Donc l'idée que le changement de paradigme, appliquée aux religions et à la spiritualité, soit tout simplement une nouvelle façon d'affirmer les croyances traditionnelles, n'est pas juste. On assiste vraiment à l'apparition d'une nouvelle vision du monde qui remet en cause non seulement le contenu, mais aussi l'interprétation fondamentale de la vision précédente. Le meilleur exemple en est peut-être, du point de vue des rapports entre le Nouvel Âge et le christianisme, le remaniement complet de la vie et de la signification de Jésus-Christ. Il s'agit de deux visions inconciliables.19
La science et la technologie n'ayant manifestement pas réussi à donner tout ce qu'elles semblaient promettre autrefois, les hommes se sont tournés vers la spiritualité dans leur quête de libération. Le Nouvel Âge, tel que nous le connaissons aujourd'hui, est le fruit d'une aspiration à quelque chose de plus humain et de plus beau que l'expérience opprimante et aliénante de la vie de la société occidentale. Ses premiers représentants ayant poussé leur recherche très loin dans toutes les directions, il a adopté une approche extrêmement éclectique. S'il est bien possible que ce soit le signe d'un « retour à la religion », ce n'est certainement pas un retour aux doctrines et aux croyances chrétiennes orthodoxes. Les premiers symboles qui permirent à ce « mouvement » de pénétrer dans la culture occidentale furent le célèbre festival de Woodstock en 1969 dans l'État de New York, et la comédie musicale Hair qui présentait les grands thèmes du Nouvel Âge dans sa chanson emblématique « Aquarius ».20 Mais ce n'était que la pointe d'un iceberg dont les dimensions ne se sont précisées qu'assez récemment. L'idéalisme des années 1960 et 1970 subsiste encore dans certains secteurs, mais aujourd'hui, ce ne sont plus les adolescents qui sont les plus concernés. Les liens avec les idéologies politiques de gauche se sont relâchés, et les drogues psychédéliques ne sont plus aussi répandues qu'elles ne l'étaient à l'époque. Tant de choses se sont produites depuis que tout cela ne semble plus révolutionnaire. Les tendances « spirituelles » et « mystiques », cantonnées autrefois à la contre- culture, se sont maintenant largement intégrées à la culture ambiante dans des domaines aussi divers que la médecine, la science, l'art ou la religion. La culture occidentale est désormais empreinte d'une conscience politique et écologique diffuse, et ce changement culturel global a eu une forte incidence sur le style de vie des individus. Certains suggèrent que le « mouvement » Nouvel Âge est précisément cette transition majeure vers ce qu'ils considèrent comme « un mode de vie nettement meilleur ».21
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
Un des éléments récurrents de la « spiritualité » Nouvel Âge est la fascination pour les manifestations extraordinaires, et en particulier pour les entités paranormales. Des personnes considérées comme des « médiums » affirment que leur personnalité est sous l'emprise d'une autre entité pendant les transes, par un phénomène Nouvel Âge appelé channeling au cours duquel le médium peut perdre le contrôle de son corps et de ses facultés. Ceux qui ont assisté à ces séances n'ont généralement pas de mal à admettre que ces manifestations sont bien de nature spirituelle, mais qu'elles ne proviennent pas de Dieu, en dépit du langage d'amour et de lumière qui est presque toujours utilisé... Il serait probablement plus correct de les considérer plutôt comme une nouvelle forme de spiritisme, que comme une manifestation de spiritualité proprement dite. Dans le monde des esprits, d'autres amis et conseillers sont les anges (qui sont aujourd'hui au centre d'un marché florissant de livres et d'images). Dans le Nouvel Âge, ceux qui se réfèrent aux anges ne le font généralement pas de façon systématique, les distinctions trop précises en la matière étant jugées inutiles, car « il existe de nombreux niveaux de guides, entités, énergies et êtres dans chaque angle de l'univers... Ils sont tous là pour être contactés et choisis en fonction de vos mécanismes d'attraction et de répulsion ».22 Ces entités spirituelles sont souvent invoquées pour des motifs 'non-religieux', comme aider à se détendre afin de prendre une meilleure décision ou mieux contrôler sa vie ou sa carrière. Une autre expérience Nouvel Âge relatée par des personnes qui se présentent comme des 'mystiques' est la fusion avec les esprits qui instruisent par l'intermédiaire de certaines personnes. Enfin, certains esprits de la nature sont décrits comme des énergies puissantes, présentes dans le monde naturel et sur les « plans intérieurs », des plans auxquels on accède à l'aide de rituels, drogues ou autres techniques destinées à produire des états de conscience altérés. Il est clair que dans le Nouvel Âge, en théorie du moins, on ne reconnaît généralement pas d'autre autorité spirituelle que sa propre expérience intérieure.
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
Des phénomènes aussi différents que le jardin de Findhorn et le Feng Shui23 montrent chacun à sa façon l'importance de se mettre au diapason de la nature et du cosmos. Dans le Nouvel Âge, il n'existe pas de distinction entre le bien et le mal. Les actions humaines sont le fruit soit de l'illumination, soit de l'ignorance. En conséquence, personne ne doit être condamné, et personne n'a besoin d'être pardonné. La croyance dans l'existence du mal ne peut qu'engendrer la négativité et la peur. La réponse à la négativité est l'amour. Il ne s'agit pas d'un amour qui doit être traduit en actes, mais plutôt d'une attitude mentale. L'amour est énergie, une vibration à haute fréquence, et le secret du bonheur, de la santé et du succès réside dans la capacité de « se brancher » sur cette vibration et de trouver ainsi sa place dans la grande chaîne de l'être. Les instructeurs et les guérisseurs du Nouvel Âge affirment offrir la clé des correspondances entre tous les éléments de l'univers qui permet aux individus de moduler la tonalité de leur vie et d'être en parfaite harmonie avec les autres être humains et avec tout ce qui les entoure. Le cadre théorique de référence change toutefois selon les auteurs.24
2.2.3. La santé: une vie épanouie (golden living)
La médecine officielle (allopathique) tend aujourd'hui à ne traiter que des symptômes particuliers, isolés, sans chercher à avoir une vue d'ensemble de l'état de santé de l'individu, ce qui donne lieu bien souvent à une insatisfaction compréhensible. Si les thérapies alternatives ont un tel succès, c'est parce qu'elles affirment considérer l'individu dans son ensemble et qu'elles cherchent à guérir plutôt qu'à soigner. La conception holistique de la santé, comme on le sait, se concentre sur le rôle déterminant de la psyché dans la guérison du corps. Le lien entre les aspects spirituel et physique de la personne résiderait dans le système immunitaire ou dans le système indien des chakras. Dans l'optique Nouvel Âge, la maladie et la souffrance sont la conséquence d'un comportement contre nature. Quand on est en harmonie avec la nature, on peut s'attendre à avoir une meilleure santé, et même la prospérité matérielle. Certains guérisseurs Nouvel Âge vont même jusqu'à soutenir que la mort n'est pas inéluctable. En développant notre potentiel humain, nous pouvons entrer en contact avec notre Dieu intérieur et avec certaines parties de nous-même qui ont été aliénées ou supprimées. Cela apparaît surtout dans les États de Conscience Altérés (Altered States of Consciousness: ASC), induits soit par des drogues, soit par différentes techniques d'élargissement de la conscience, notamment dans le cadre de la « psychologie transpersonnelle ». Le chaman est souvent vu comme un spécialiste des états de conscience altérés, un être capable d'être un intermédiaire entre le domaine transpersonnel des esprits et des dieux et le monde des humains.
2.2. Que prétend offrir le Nouvel Âge?
2.2.1. Enchantement: il doit y avoir un ange
Un des éléments récurrents de la « spiritualité » Nouvel Âge est la fascination pour les manifestations extraordinaires, et en particulier pour les entités paranormales. Des personnes considérées comme des « médiums » affirment que leur personnalité est sous l'emprise d'une autre entité pendant les transes, par un phénomène Nouvel Âge appelé channeling au cours duquel le médium peut perdre le contrôle de son corps et de ses facultés. Ceux qui ont assisté à ces séances n'ont généralement pas de mal à admettre que ces manifestations sont bien de nature spirituelle, mais qu'elles ne proviennent pas de Dieu, en dépit du langage d'amour et de lumière qui est presque toujours utilisé... Il serait probablement plus correct de les considérer plutôt comme une nouvelle forme de spiritisme, que comme une manifestation de spiritualité proprement dite. Dans le monde des esprits, d'autres amis et conseillers sont les anges (qui sont aujourd'hui au centre d'un marché florissant de livres et d'images). Dans le Nouvel Âge, ceux qui se réfèrent aux anges ne le font généralement pas de façon systématique, les distinctions trop précises en la matière étant jugées inutiles, car « il existe de nombreux niveaux de guides, entités, énergies et êtres dans chaque angle de l'univers... Ils sont tous là pour être contactés et choisis en fonction de vos mécanismes d'attraction et de répulsion ».22 Ces entités spirituelles sont souvent invoquées pour des motifs 'non-religieux', comme aider à se détendre afin de prendre une meilleure décision ou mieux contrôler sa vie ou sa carrière. Une autre expérience Nouvel Âge relatée par des personnes qui se présentent comme des 'mystiques' est la fusion avec les esprits qui instruisent par l'intermédiaire de certaines personnes. Enfin, certains esprits de la nature sont décrits comme des énergies puissantes, présentes dans le monde naturel et sur les « plans intérieurs », des plans auxquels on accède à l'aide de rituels, drogues ou autres techniques destinées à produire des états de conscience altérés. Il est clair que dans le Nouvel Âge, en théorie du moins, on ne reconnaît généralement pas d'autre autorité spirituelle que sa propre expérience intérieure.
2.2.2. Harmonie et compréhension: les bonnes vibrations
Des phénomènes aussi différents que le jardin de Findhorn et le Feng Shui23 montrent chacun à sa façon l'importance de se mettre au diapason de la nature et du cosmos. Dans le Nouvel Âge, il n'existe pas de distinction entre le bien et le mal. Les actions humaines sont le fruit soit de l'illumination, soit de l'ignorance. En conséquence, personne ne doit être condamné, et personne n'a besoin d'être pardonné. La croyance dans l'existence du mal ne peut qu'engendrer la négativité et la peur. La réponse à la négativité est l'amour. Il ne s'agit pas d'un amour qui doit être traduit en actes, mais plutôt d'une attitude mentale. L'amour est énergie, une vibration à haute fréquence, et le secret du bonheur, de la santé et du succès réside dans la capacité de « se brancher » sur cette vibration et de trouver ainsi sa place dans la grande chaîne de l'être. Les instructeurs et les guérisseurs du Nouvel Âge affirment offrir la clé des correspondances entre tous les éléments de l'univers qui permet aux individus de moduler la tonalité de leur vie et d'être en parfaite harmonie avec les autres être humains et avec tout ce qui les entoure. Le cadre théorique de référence change toutefois selon les auteurs.24
2.2.3. La santé: une vie épanouie (golden living)
La médecine officielle (allopathique) tend aujourd'hui à ne traiter que des symptômes particuliers, isolés, sans chercher à avoir une vue d'ensemble de l'état de santé de l'individu, ce qui donne lieu bien souvent à une insatisfaction compréhensible. Si les thérapies alternatives ont un tel succès, c'est parce qu'elles affirment considérer l'individu dans son ensemble et qu'elles cherchent à guérir plutôt qu'à soigner. La conception holistique de la santé, comme on le sait, se concentre sur le rôle déterminant de la psyché dans la guérison du corps. Le lien entre les aspects spirituel et physique de la personne résiderait dans le système immunitaire ou dans le système indien des chakras. Dans l'optique Nouvel Âge, la maladie et la souffrance sont la conséquence d'un comportement contre nature. Quand on est en harmonie avec la nature, on peut s'attendre à avoir une meilleure santé, et même la prospérité matérielle. Certains guérisseurs Nouvel Âge vont même jusqu'à soutenir que la mort n'est pas inéluctable. En développant notre potentiel humain, nous pouvons entrer en contact avec notre Dieu intérieur et avec certaines parties de nous-même qui ont été aliénées ou supprimées. Cela apparaît surtout dans les États de Conscience Altérés (Altered States of Consciousness: ASC), induits soit par des drogues, soit par différentes techniques d'élargissement de la conscience, notamment dans le cadre de la « psychologie transpersonnelle ». Le chaman est souvent vu comme un spécialiste des états de conscience altérés, un être capable d'être un intermédiaire entre le domaine transpersonnel des esprits et des dieux et le monde des humains.
Il existe une grande variété d'approches aux thérapies holistiques, dont certaines s'inspirent d'anciennes traditions culturelles, religieuses ou ésotériques, d'autres des théories psychologiques élaborées à Esalen dans les années 1960-70. Le Nouvel Âge fait publicité d'un large éventail de pratiques telles que l'acuponcture, le biofeedback, la chiropraxie, la kinésiologie, l'homéopathie, l'iridologie, les massages et différentes sortes de techniques corporelles (comme l'ergonomie, le Feldenkrais, la réflexologie, le Rolfing, le massage en polarité, le toucher thérapeutique, etc.), la méditation et la visualisation, les thérapies nutritionnelles, les traitements psychiques, différentes sortes de médecine des plantes, la guérison par les cristaux, les métaux, la musique ou les couleurs, les thérapies de la réincarnation et enfin les programmes en douze étapes et les groupes de réalisation de soi.25 Il est dit que c'est en nous-mêmes que se trouve la source de la guérison, et que nous pouvons l'atteindre en nous mettant en contact avec notre énergie intérieure ou énergie cosmique.
Dans la mesure où la bonne santé comporte un allongement de la vie, le Nouvel Âge propose une formule orientale en termes occidentaux. À l'origine, la réincarnation faisait partie de la pensée cyclique hindoue, basée sur l'atman ou noyau divin de la personnalité (devenu plus tard le concept de jiva), transmigrant d'un corps à l'autre dans un cycle de souffrances (samsara), déterminé par la loi du karma et lié au comportement dans les vies antérieures. L'espérance réside dans la possibilité de renaître dans un meilleur état ou même d'être finalement libéré de la nécessité de se réincarner. Dans la plupart des traditions bouddhistes, ce n'est pas l'âme qui transmigre de corps en corps, mais un continuum de conscience. La vie présente s'inscrit dans un processus cosmique potentiellement infini qui inclut même les dieux. En Occident, depuis l'époque de Lessing, la réincarnation est vue de façon plus optimiste, comme un processus progressif d'apprentissage et d'accomplissement individuel. Le spiritisme, la théosophie, l'anthroposophie et le Nouvel Âge considèrent la réincarnation comme une participation à l'évolution cosmique. Cette approche post-chrétienne à l'eschatologie permettrait de répondre aux questions non résolues de la théodicée et d'éliminer la notion d'enfer. Quand l'âme se sépare du corps, on peut jeter un regard en arrière sur toutes ses vies passées, et quand elle s'unit à un nouveau corps, on a un aperçu de la nouvelle vie à venir. En outre, les individus peuvent avoir accès à leurs vies antérieures à travers les rêves et les techniques de méditation.26
2.2.4. « Totalité »: un voyage magique vers l'inconnu
Une des préoccupations centrales du mouvement Nouvel Âge est la recherche de la « totalité ». Il encourage à dépasser toute forme de « dualisme », considérant ces divisions comme le produit malsain d'un passé obscurantiste. Les divisions que, selon les adeptes du Nouvel Âge, il faut surmonter, mettent en cause la différence fondamentale entre Créateur et créé, la réelle distinction entre homme et nature, entre esprit et matière, tous et toutes considérées à tort comme des formes de dualisme. Ces tendances dualistes sont souvent considérées comme découlant, en dernière analyse, des racines judéo-chrétiennes de la civilisation occidentale alors qu'il serait plus correct de les mettre en relation avec le gnosticisme, et surtout avec le manichéisme. La révolution scientifique et le rationalisme moderne sont critiqués en particulier pour leur tendance à la fragmentation: non seulement ils traitent les ensembles organiques comme des mécanismes réduits d'abord à leurs plus petits composants et expliqués ensuite dans ces termes, mais ils tendent même à réduire l'esprit à la matière, à tel point que la réalité spirituelle, y compris l'âme, n'est plus que « l'épiphénomène » contingent d'un processus essentiellement matériel. Dans tous ces domaines, les alternatives Nouvel Âge sont « holistiques ». Le holisme imprègne tout le mouvement du Nouvel Âge, de son intérêt pour les traitements holistiques à sa recherche d'une approche unitive, sa conscience écologique, ou encore l'idée d'une « mise en réseau » globale.
2.3. Les principes fondamentaux de la pensée Nouvel Âge
2.3.1. Une réponse globale dans un temps de crise
« Tant la tradition chrétienne que la croyance séculière dans un progrès illimité de la science ont connu une grave rupture, qui s'est manifestée pour la première fois dans les révolutions estudiantines de 1968 ».27 La sagesse des générations précédentes s'est trouvée brusquement privée de sa signification et du respect dont elle jouissait tandis que la toute-puissance de la science se dissipait, en sorte qu'aujourd'hui l'Église « doit faire face à une grave crise de transmission de sa foi aux jeunes générations ».28 La perte générale de confiance dans ces piliers traditionnels de la conscience et de la cohésion sociale s'est accompagnée d'un retour inattendu de la religiosité cosmique, de rites et croyances dont beaucoup considéraient qu'ils avaient été supplantés par le christianisme. En réalité, ce courant ésotérique souterrain n'a jamais entièrement disparu. En revanche, l'intérêt pour les religions orientales qui s'est répandu à partir de la fin du XIXe siècle sous l'influence du mouvement théosophique est, dans le contexte occidental, une donnée nouvelle qui « reflète la conscience croissante d'une spiritualité globale incorporant toutes les traditions religieuses existantes ».29
L'éternelle question philosophique de l'un et du multiple se manifeste, dans sa version moderne et contemporaine, par le besoin pressant de surmonter toute division, voire même toute différence et distinction. L'expression la plus commune en est le holisme, qui constitue à la fois un élément essentiel du Nouvel Âge et un signe des temps dans le dernier quart du XXe siècle. Une formidable quantité d'énergie a été consacrée à la tentative de surmonter les cloisonnements propres à l'idéologie mécaniste, au risque de devoir se soumettre à un réseau global revêtant une autorité quasi transcendantale. Les conséquences les plus évidentes en sont un processus de transformation conscient et le développement de l'écologie.30 La nouvelle vision, qui est le but de cette transformation consciente, a mis du temps à être formulée, et son application est entravée par les formes de pensée plus anciennes qui, dit-on, luttent pour maintenir le « statu quo ». L'écologie comme fascination pour la nature et re-sacralisation de la Terre, la Terre Mère ou Gaia, a connu un immense succès et s'est généralisée grâce au zèle missionnaire propre aux politiques des Verts. La race humaine tout entière doit devenir « l'administrateur » de la Terre, et seul un gouvernement global peut assurer l'harmonie et la compréhension nécessaires à une bonne gouvernance, dans un cadre éthique global. La chaleur de la Terre Mère, dont la divinité s'étend à toute la création, comble, dit-on, le fossé entre la création et le Dieu-Père transcendant du judaïsme et du christianisme en écartant la perspective de devoir être jugés par un tel Être.
Dans cette vision d'un univers clos, contenant « Dieu » et d'autres êtres spirituels en plus de nous-mêmes, nous identifions un panthéisme implicite. C'est là un point fondamental qui transparaît dans toute la pensée et la pratique Nouvel Âge et qui conditionne d'avance toute appréciation positive que l'on pourrait avoir pour l'un ou l'autre des aspects de sa spiritualité. En tant que chrétiens, nous croyons au contraire, que « l'homme est essentiellement créature et qu'il reste tel pour l'éternité, de sorte qu'une absorption du moi humain dans le moi divin ne sera jamais possible ».31
2.3.2. La matrice principale de la pensée Nouvel Âge
La matrice essentielle de la pensée Nouvel Âge réside dans la tradition ésotérico-théosophique, une tradition qui était largement répandue dans les cercles intellectuels européens au XVIIIe et au XIXe siècle. On la retrouve en particulier dans la franc-maçonnerie, le spiritisme, l'occultisme et la théosophie, qui avaient en commun une sorte de culture ésotérique. Dans cette vision du monde, les univers visible et invisible sont reliés entre eux par une série de correspondances, analogies et influences, entre le microcosme et le macrocosme, entre les métaux et les planètes, entre les planètes et
1Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Lettre aux évêques de l'Eglise
Catholique sur quelques aspects de la méditation chrétienne (Orationis Formas), 1989, 14. Cf. Gaudium et Spes, 19; Fides et Ratio, 22.
les différentes parties du corps humain, entre le cosmos visible et les règnes invisibles de la réalité. La Nature est un être vivant, parcouru par des influx de sympathie et d'antipathie et animé par un feu secret que les êtres humains cherchent à maîtriser. Les hommes peuvent entrer en contact avec les mondes supérieurs ou inférieurs par l'imagination (un organe de l'âme et de l'esprit), ou a travers des médiateurs (anges, esprits, démons) ou des rituels.
Il est possible de s'initier aux mystères du cosmos, de Dieu et du moi à travers un parcours spirituel de transformation. Mais le vrai but est la gnose, la forme la plus haute du savoir, l'équivalent du salut, qui demande une recherche des traditions les plus antiques et les plus élevées de la philosophie (appelée de façon incorrecte philosophia perennis) et de la religion (théologie primordiale), et une doctrine secrète (ésotérique) contenant la clé de toutes les traditions « exotériques » accessibles à tous. Les enseignements ésotériques sont transmis de maître à disciple suivant un programme d'initiation progressif.
Certains pensent que l'ésotérisme du XIXe siècle a été entièrement sécularisé. L'alchimie, la magie, l'astrologie et les autres branches de l'ésotérisme traditionnel ont été complétées par des éléments de la culture moderne, tels que la recherche des lois de causalité, l'évolutionnisme, la psychologie et l'étude des religions. Cette forme d'ésotérisme a atteint sa forme la plus achevée dans la présentation qu'en a fait Hélène Blavatsky, le médium russe qui, avec Henry Olcott, fonda la Société théosophique en 1875 à New York. Cette société, qui entendait fusionner des éléments des traditions orientale et occidentale dans un type de spiritualisme évolutif, s'était donnée trois grands objectifs:
1) « Former le noyau de la Fraternité Universelle de l'humanité, sans distinction de race, religion, caste ou couleur.
2) « Promouvoir l'étude des religions comparées, de la philosophie et de la science.
3) « Explorer les lois inexpliquées de la Nature et les pouvoirs latents de l'homme.
« Le sens de ces objectifs... devrait être clair. Le premier est un rejet implicite du 'fanatisme irrationnel' et du 'sectarisme' du christianisme traditionnel, tel que le perçoivent les spirites et les théosophes... Ce qui n'est pas immédiatement évident dans ces objectifs, c'est que pour les théosophes la 'science' signifiait les sciences occultes, et la philosophie l'occulta philosophia. Enfin, les lois de la nature sont de nature occulte ou psychique et l'étude des religions comparées est censée révéler la 'tradition primordiale', qui s'inspire en définitive de la philosophia perennis hermétique ».32
Une des lignes de force des ouvrages de Mme Blavatsky était l'émancipation de la femme, ce qui impliquait une attaque contre le Dieu « mâle » du judaïsme, du christianisme et de l'islam. Elle prônait un retour à la déesse mère de l'hindouisme et à la pratique des vertus féminines. Ses idées furent reprises ensuite par Annie Besant, qui était à l'avant-garde du mouvement féministe. Les mouvements Wicca et « Women's spirituality » poursuivent aujourd'hui cette bataille contre le christianisme « patriarcal ».
Marilyn Ferguson a consacré un chapitre de son livre Les enfants du Verseau aux précurseurs de l'ère du Verseau, à ceux qui jetèrent les bases d'une vision transformatrice fondée sur l'élargissement de la conscience et l'expérience du dépassement de soi. Elle cite en particulier le psychologue américain William James et le psychiatre suisse Carl Gustav Jung. William James affirmait que la religion est une expérience, mais pas un dogme, et il proclamait que les hommes peuvent modifier leur attitude mentale au point de devenir les artisans de leur propre destin. Jung mit l'accent sur le caractère transcendant de la conscience et introduisit la notion d'inconscient collectif, une sorte de réservoir de symboles et de souvenirs communs aux peuples de tous les temps et de toutes les cultures. D'après Wouter Hanegraaff, ces deux auteurs ont contribué à la « sacralisation de la psychologie », qui deviendra un élément important de la pensée et de la pratique Nouvel Âge. En effet, Jung, « n'a pas seulement psychologisé l'ésotérisme, mais il a aussi sacralisé la psychologie en la chargeant des contenus de la spéculation ésotérique. Il en a résulté un corps de théories qui permettent aux hommes de parler de Dieu en désignant en fait leur propre psyché, et de leur propre psyché désignant la divinité. Si la psyché est 'l'esprit' et si Dieu est lui aussi 'esprit', parler de l'un équivaut à parler de l'autre ».33 À l'accusation d'avoir « psychologisé » le christianisme, il répondait que « la psychologie est le mythe moderne, et ce n'est qu'à la lumière du mythe contemporain que nous pouvons comprendre la foi ».34 Il est certain que la psychologie de Jung éclaire maints aspects de la foi chrétienne, et notamment la nécessité d'affronter la réalité du mal, mais ses convictions religieuses varient tellement au cours des diverses époques de sa vie, qu'il s'en dégage une image confuse de Dieu. Un élément central de sa pensée est le culte du soleil, dans lequel Dieu est l'énergie vitale (libido) de la personne.35 Comme il le dit lui-même, « cette comparaison n'est pas qu'un simple jeu de mots ».36 En réalité, Jung se réfère au « dieu intérieur », cette divinité essentielle qu'il voyait dans tout être humain. Le chemin du monde intérieur passe par l'inconscient. Et dans le monde extérieur, ce qui correspond au monde intérieur est l'inconscient collectif.
Cette tendance à confondre la psychologie et la spiritualité fut reprise par le Mouvement de Développement du Potentiel Humain, qui s'est développé à la fin des années 1960 à l'Institut Esalen, en Californie. La psychologie transpersonnelle, fortement influencée par les religions orientales et par Jung, propose un parcours contemplatif où la science et le mysticisme se rencontrent. L'accent mis sur la corporéité, la recherche de techniques d'élargissement de la conscience et l'intérêt porté aux mythes de l'inconscient collectif étaient autant d'incitations à rechercher le « Dieu intérieur » en soi. Pour réaliser son potentiel, l'homme devait dépasser son ego et devenir le dieu qu'il est au fin fond de lui-même. Pour cela, il fallait choisir la thérapie appropriée: méditation, expériences parapsychologiques, recours aux drogues hallucinogènes. Tous ces moyens devaient permettre de réaliser des expériences « ultimes » ou « mystiques », de fusion avec Dieu et avec le cosmos.
Le symbole du Verseau, emprunté à la mythologie astrologique, est devenu le signe d'une aspiration à un monde radicalement nouveau. Deux centres en particulier se sont fait les grands promoteurs du Nouvel Âge à l'origine, et le sont encore aujourd'hui, dans une certaine mesure: il s'agit de la communauté de Findhorn, au nord-est de l'Écosse, et le Centre de Développement du Potentiel Humain de Big Sur, en Californie, aux États-Unis. La diffusion du Nouvel Âge a été fortement alimentée par le développement d'une conscience globale et par la crainte croissante d'une crise écologique imminente.
2.3.3. Les grands thèmes du Nouvel Âge
Le Nouvel Âge n'est pas à proprement parler une religion, bien qu'il s'intéresse à ce que l'on appelle « divin ». Il consiste essentiellement dans une association informelle regroupant toutes sortes d'activités, d'idées et d'individus pouvant répondre à cette appellation. On n'y trouve donc pas de structure pouvant être comparée, même de loin, aux doctrines des religions organisées. Mais malgré cela, et en dépit de l'immense variété constatée au sein du Nouvel Âge, il est possible de dégager quelques points communs:
Le cosmos est un tout organique;
Il est animé par une Énergie, qui est assimilée à l'âme ou l'esprit de Dieu;
On croit dans la médiation de diverses entités spirituelles: les humains sont capables de s'élever jusqu'aux sphères supérieures de l'invisible et de contrôler leur vie après la mort;
On croit dans l'existence d'une « connaissance éternelle », antérieure et supérieure à toutes les religions et cultures;
Les individus suivent des maîtres illuminés...
2.3.4. Que dit le Nouvel Âge de...
2.3.4.1. ... la personne humaine?
Le Nouvel Âge croit fermement dans la perfectibilité de la personne humaine au moyen d'un large éventail de techniques et de thérapies (par opposition à la conception chrétienne de la coopération avec la grâce divine). Il est généralement d'accord pour dire avec Nietzsche que le christianisme a empêché la pleine manifestation de l'humanité authentique. La perfection, dans cette optique, consiste dans la réalisation de soi suivant un ordre de valeurs que nous créons nous-mêmes et que nous accomplissons par nos propres forces. Aussi peut-on parler d'un moi auto-créateur. De ce point de vue, il y a davantage d'écart entre les hommes tels qu'ils sont aujourd'hui et tels qu'ils seront quand ils auront pleinement réalisé leur potentiel, qu'il n'y en a entre les hommes et les anthropoïdes.
Il est bon de bien distinguer l'ésotérisme, qui est une recherche de la connaissance, de la magie ou occultisme, qui est un outil pour obtenir des pouvoirs. Certains groupes sont à la fois ésotériques et occultistes. Au cur de l'occultisme, il y a une volonté de puissance basée sur le rêve de devenir divin. Les techniques d'élargissement de la conscience sont destinées à révéler aux hommes leur pouvoir divin, qui leur permettra d'ouvrir la voie à l'ère de l'Illumination. Une des formes extrêmes de cette exaltation de l'humanité qui invertit le juste rapport entre Créateur et créature est le satanisme. Satan devient le symbole d'une rébellion contre les conventions et les règles, un symbole qui prend souvent des formes agressives, égoïstes et violentes. Certains groupes protestants ont manifesté leur inquiétude devant la présence subliminale de ce qu'ils considèrent comme un symbolisme satanique dans certaines variétés de musique rock, qui ont une grande influence sur les jeunes. On est bien loin du message de paix et d'harmonie du Nouveau Testament! C'est là une des conséquences de l'exaltation de l'homme, quand celle-ci en vient à nier l'existence d'un Dieu transcendant.
Ce phénomène ne touche pas seulement les jeunes. Les thèmes fondamentaux de la culture ésotérique sont également présents dans les domaines de la politique, de l'éducation et de la législation.37 C'est le cas en particulier de l'écologie. En mettant fortement l'accent sur le bio-centrisme, l'écologie radicale finit par rejeter la vision anthropologique de la Bible dans laquelle les hommes sont au centre du monde parce que qualitativement supérieurs aux autres formes naturelles. C'est une tendance très marquée aujourd'hui dans la législation et dans l'éducation, même si elle rabaisse l'humanité. Cette même matrice culturelle ésotérique apparaît dans les théories qui sont à la base des politiques de contrôle des naissances et des expérimentations de génie génétique, et qui semblent exprimer le rêve des hommes de se créer à nouveau. Comment espèrent- on y parvenir? En déchiffrant le code génétique, en altérant les lois naturelles de la sexualité, en défiant les limites de la mort.
Dans ce qui peut être considéré comme une présentation classique du Nouvel Âge, les individus naissent avec une étincelle divine, concept qui est une réminiscence du gnosticisme ancien. Ce fait les relie à l'unité du Tout. Ils sont donc vus, essentiellement, comme des êtres divins, bien qu'ils participent de cette divinité cosmique à des niveaux de conscience différents. Nous sommes co-créateurs et nous créons notre propre réalité. Certains auteurs Nouvel Âge soutiennent que nous choisissons les circonstances de notre vie (et même notre état de santé, bon ou mauvais), dans une vision où chaque individu est considéré comme la source créatrice de l'univers. Mais nous devons faire un voyage pour découvrir notre place exacte dans l'unité du cosmos. Ce voyage est la psychothérapie, et le salut est la reconnaissance de la conscience universelle. Il n'y a pas de péché: il n'y a qu'une connaissance imparfaite. L'identité de chaque être humain est diluée dans l'être universel et dans la série des incarnations successives. Les individus sont soumis à l'influence déterminante des astres, mais peuvent s'ouvrir à la divinité qui vit en eux à travers la recherche constante (à l'aide des techniques appropriées) d'une plus grande harmonie entre le moi et l'énergie cosmique divine. Point n'est besoin de Révélation ou de Salut venu de l'extérieur: il suffit de faire l'expérience du salut présent au fond de soi-même (auto-rédemption), grâce à la maîtrise des techniques psychophysiques menant à l'illumination définitive.
Certaines étapes de ce parcours d'auto-rédemption sont préparatoires (méditation, bien-être corporel, émanation d'énergies d'auto- guérison). Elles représentent le point de départ de processus de spiritualisation, de perfectionnement et d'illumination qui contribue à améliorer la maîtrise de soi et la concentration psychique sur la « transformation » du moi individuel en « conscience cosmique ». La personne humaine est destinée à connaître une série de réincarnations dans lesquelles son âme passera d'un corps à un autre. Il ne s'agit pas ici du cycle du samsara au sens d'une purification comme châtiment, mais d'une montée progressive vers le développement parfait de son potentiel.
On fait appel à la psychologie pour expliquer l'élargissement de la conscience comme expérience « mystique ». Le yoga, le zen, la méditation transcendantale et les exercices tantriques mènent à l'expérience de la pleine réalisation de soi ou illumination. Les expériences extraordinaires (le rebirthing qui consiste à revivre sa propre naissance, les voyages aux portes de la mort, le biofeedback, la danse et même les drogues, tout ce qui peut produire une altération de l'état de conscience) mènent à la conscience de l'unité et à l'illumination. Comme il y a un seul Esprit, certaines personnes peuvent servir de canal pour approcher les êtres supérieurs. Chaque partie de cet unique être universel est reliée à toutes les autres parties. L'approche classique au Nouvel Âge est celle de la psychologie transpersonnelle, dont les principaux concepts sont l'Esprit universel, le moi supérieur, l'inconscient collectif ou personnel et l'ego individuel. Le moi supérieur, qui est notre véritable identité, jette un pont entre Dieu comme intelligence divine et l'humanité. Le développement spirituel est ce contact avec le moi supérieur qui permet de dépasser toute forme de dualisme entre sujet et objet, vie et mort, psyché et soma, moi et aspects fragmentaires du moi. Notre personnalité limitée est comme une ombre ou un rêve projeté par le moi authentique. Le moi supérieur contient le souvenir des (ré)incarnations précédentes.
2.3.4.2. ...Dieu?
Le Nouvel Âge a une préférence marquée pour les religions orientales ou pré-chrétiennes, considérant qu'elles n'ont pas été touchées par les distorsions judéo-chrétiennes. D'où son intérêt pour les antiques rites agricoles et les cultes de la fécondité. « Gaia », la Terre Mère, est présentée comme une alternative à Dieu le Père, dont l'image est trop entachée d'une conception patriarcale de domination de l'homme sur la femme. S'il est question de Dieu, ce n'est jamais un Dieu personnel. Le Dieu dont parle le Nouvel Âge n'est ni personnel, ni transcendant. Ce n'est ni le Créateur, ni le sustentateur aimant de l'univers, mais une « énergie impersonnelle » immanente au monde, avec lequel elle forme une « unité cosmique »: « Tout est un ». Cette unité est moniste, panthéiste, ou plus exactement panenthéiste. Dieu est le « principe de vie », « l'esprit ou âme du monde », la somme totale de la conscience existant dans l'univers. En un certain sens, tout est Dieu. Et comme la présence de Dieu se manifeste surtout dans les aspects spirituels de la réalité, on peut dire, d'une certaine façon, que tout esprit est Dieu.
Quand les personnes humaines la reçoivent consciemment, « l'énergie divine » est souvent qualifiée aussi d' « énergie christique ». Mais le Christ dont il est question n'est pas Jésus de Nazareth. Le titre de « Christ » est donné à tout homme qui atteint un état de conscience dans lequel il perçoit sa propre divinité et peut donc se considérer comme un « Maître universel ». Jésus de Nazareth n'était pas le Christ, mais seulement un des nombreux personnages historiques en qui cette nature « christique » s'est révélée, comme Bouddha et d'autres encore. Toute manifestation historique du Christ montre clairement que les êtres humains sont tous célestes et divins, et les mène à cette compréhension.
Le niveau le plus intérieur et personnel (« psychique ») auquel les être humains « perçoivent » cette « énergie cosmique divine » est aussi appelé « Esprit Saint ».
2.3.4.3. ...le monde?
L'abandon du modèle mécaniste de la physique classique au profit du modèle « holistique » de la physique atomique et subatomique moderne, basée sur le concept de matière comme ondes ou énergie plutôt que comme particules, a joué un rôle déterminant dans la pensée Nouvel Âge. L'univers est un océan d'énergie, vu comme un tout unique ou un réseau de relations. L'énergie qui anime cet organisme unique est « l'esprit ». Il n'y a pas d'altérité entre Dieu et le monde. Le monde, qui est lui-même divin, suit un processus évolutif allant de la matière inerte à la « conscience supérieure et parfaite ». Le monde est incréé, éternel et autosuffisant. Le futur du monde dépend d'une dynamique interne qui est nécessairement positive, et qui mène à l'unité divine (réconciliée) de tout ce qui existe. Dieu et le monde, l'âme et le corps, l'intelligence et le sentiment, le ciel et la terre forment une seule immense vibration d'énergie.
James Lovelock, dans son ouvrage sur l'Hypothèse Gaia, dit que « tout le spectre du vivant sur la Terre, des baleines aux virus et des chênes aux algues, peut être considéré comme formant une entité vivante unique, capable de manipuler l'atmosphère terrestre pour subvenir à ses besoins généraux et dotée de facultés et de pouvoirs bien supérieurs à ceux des parties qui la composent ».38 Pour certains, l'hypothèse Gaia est « une étrange synthèse d'individualisme et de collectivisme. Tout se passe comme si le Nouvel Âge, après avoir séparé les individus au moyen de politiques sectorielles, avait hâte de les jeter dans le grand chaudron de la pensée globale ». Le cerveau global a besoin d'institutions pour pouvoir gouverner, autrement dit, il a besoin d'un gouvernement mondial. « Pour traiter les problèmes actuels, le Nouvel Âge rêve d'une aristocratie spirituelle s'inspirant de la République de Platon, dirigée par des sociétés secrètes... ».39 Cette façon de voir les choses est peut-être excessive, mais différents signes montrent que l'élitisme gnostique coïncide avec la gouvernance globale dans maintes questions de politique internationale.
Tout dans l'univers est relié. En soi, chaque partie est une image de la totalité. Le tout est dans chaque chose, et chaque chose est dans le tout. Dans la « grande chaîne des êtres », tous les êtres sont intimement liés, ne formant qu'une seule famille avec différents degrés d'évolution. Chaque homme est un hologramme, une image de la création tout entière, dont chaque élément vibre à sa propre fréquence. L'homme est un neurone du système nerveux central de la Terre, et toutes les entités individuelles ont entre elles une relation de complémentarité. En fait, il existe une complémentarité interne, ou androgynie, dans toute la création.40
Un des thèmes récurrents, dans les écrits et la pensée Nouvel Âge, est le « nouveau paradigme » introduit par la science contemporaine. « La science nous a donné un aperçu des ensembles et des systèmes, des forces à l'uvre et des transformations. Nous apprenons à distinguer les tendances, à déceler les signes avant-coureurs d'un paradigme nouveau et plus prometteur. Nous créons des scénarios alternatifs du futur. Ayant constaté l'échec des anciens systèmes, nous imposons de nouvelles grilles de lecture pour traiter les problèmes dans tous les domaines ».41 Jusqu'à présent, ce « changement de paradigme » a été un changement de perspective radical, mais rien d'autre. Toute la question est de savoir si le changement sera effectivement à la hauteur de la pensée, et dans quelle mesure la transformation intérieure peut influer sur le monde extérieur. On est bien obligé de se demander, même sans l'intention de porter un jugement négatif, jusqu'à quel point une théorie peut être scientifique lorsqu'elle comporte des affirmations comme celle-ci: « La guerre est impensable dans une société d'individus indépendants qui ont découvert que l'humanité tout entière est interdépendante, qui n'ont pas peur des idées et des cultures différentes, et qui savent que toutes les révolutions commencent en soi-même et qu'on ne peut pas imposer aux autres sa propre marque d'illumination ».42 Il n'est pas logique de soutenir que parce qu'une chose est impensable, elle ne peut pas se produire. Un tel raisonnement est proprement gnostique, en ce sens qu'il donne trop d'importance à la connaissance et à la conscience. Il ne s'agit pas ici de contester le rôle fondamental et déterminant du développement de la conscience dans les découvertes scientifiques, mais seulement de mettre en garde contre la tendance à projeter sur la réalité externe ce qui n'est encore que du domaine de la pensée.
2.4. « Hôtes de l'histoire ou du mythe »43?:
Nouvel Âge et culture
« Au fond, l'attrait pour le Nouvel Âge est lié à la fascination pour le moi, sa valeur, ses capacités et ses problèmes, une fascination encouragée par la culture ambiante. Car si la religiosité traditionnelle, avec son organisation hiérarchique, favorise la communauté, la spiritualité détachée de la tradition favorise l'individualité. Le Nouvel Âge est 'du' moi, par le fait qu'il encourage la célébration de ce qui doit être et advenir; et 'pour' le moi, parce qu'en prenant ses distances par rapport à la culture ambiante, il est bien placé pour traiter les problèmes d'identité liés aux modes de vie conventionnels ».44
Le rejet de la tradition sous la forme des organisations patriarcales, hiérarchiques, sociales ou ecclésiales, débouche sur la recherche d'une autre forme de société, qui s'inspire clairement de la conception moderne du moi. Beaucoup de textes Nouvel Âge soutiennent qu'on ne peut rien faire (directement) pour changer le monde, mais qu'on peut tout faire pour se changer soi-même. Changer la conscience individuelle est considéré comme une façon (indirecte) de changer le monde. Le principal outil du changement social est l'exemple personnel. La reconnaissance de l'exemple personnel au niveau mondial aboutira rapidement à une transformation de l'âme collective qui sera la caractéristique majeure de notre temps. Cela fait évidemment partie du paradigme holistique, mais c'est aussi une façon de réaffirmer la question philosophique classique de l'un et du multiple. On y décèle en outre l'influence de la théorie des correspondances telle qu'elle a été exposée par Jung, et de son rejet de la causalité. Les individus sont des représentations fragmentaires de l'hologramme planétaire. En regardant à l'intérieur de soi, non seulement on connaît l'univers, mais on le change. Mais plus on regarde en soi-même, plus les enjeux politiques tendent à s'estomper. Est-ce réellement conciliable avec la rhétorique de participation démocratique à un nouvel ordre planétaire, ou est-ce une façon déguisée et inconsciente de priver les individus de leurs droits, au risque de les laisser sans défense face aux manipulations? Le souci actuel pour les problèmes planétaires (protection de l'environnement, épuisement des ressources naturelles, surpeuplement, fossé économique entre Nord et Sud, gigantesque arsenal nucléaire et instabilité politique) favorise-t-il l'engagement en faveur des autres questions politiques et sociales, qui sont tout aussi réelles, ou l'entrave-t-il? Le vieil adage selon lequel « charité bien ordonnée commence par soi-même » peut constituer un juste contrepoids à une approche trop égocentrique à ces questions. Certains observateurs du Nouvel Âge voient un risque d'autoritarisme derrière l'apparente indifférence pour la politique. David Spangler lui-même met en garde contre ce danger du Nouvel Âge qu'est « l'abandon insidieux à l'inaction et à l'irresponsabilité dans l'attente de la venue du Nouvel Âge, au lieu d'être les créateurs actifs d'une vie vécue pleinement ».45
Sans aller jusqu'à dire que le quiétisme est omniprésent dans les attitudes Nouvel Âge, on peut cependant craindre que la recherche privée de réalisation de soi propre au mouvement du Nouvel Âge n'aille à l'encontre d'une culture religieuse authentique. À ce propos, trois points doivent être mis en évidence:
On peut se demander si le Nouvel Âge fait preuve de cohérence intellectuelle lorsqu'il présente un tableau complet de l'univers, dans une vision du monde qui intégrerait à la fois la nature et la réalité spirituelle. Dans cette optique, le monde occidental est un monde divisé, basé sur le monothéisme, la transcendance, l'altérité et la séparation. Un dualisme fondamental se profile dans les distinctions entre réel et idéal, entre relatif et absolu, entre fini et infini, entre humain et divin, entre sacré et profane, entre passé et présent, qui renvoient toutes à la « conscience inquiète » de Hegel et sont vues comme une tragédie. Le Nouvel Âge leur oppose l'unité par la fusion, qui permet de réconcilier l'âme et le corps, le féminin et le masculin, l'esprit et la matière, l'humain et le divin, la terre et l'univers, le transcendant et l'immanent, la religion et la science, les différences entre les religions, le yin et le yang. Dans ce cas, il n'y a plus d'altérité. Ce qui reste, en termes humains, est le transpersonnel. Le monde du Nouvel Âge est un monde sans problème, où il n'y a plus rien à réaliser. Mais la question métaphysique de l'un et du multiple n'est ni résolue, ni même peut-être posée, puisqu'à part ses profonds regrets devant les effets de la désunion et de la division, sa seule réponse est une description de la façon dont les choses apparaîtraient dans une autre vision.
Le Nouvel Âge emprunte ici et là certains éléments des pratiques religieuses orientales et les réinterprète pour les adapter aux Occidentaux. Cela se traduit par un rejet des notions de péché et de salut, remplacées par celles moralement neutres de dépendance et de libération. Ces références aux influences asiatiques ne sont souvent qu'une simple « pseudo-orientalisation » de la culture occidentale. En outre, il ne s'agit presque jamais d'un dialogue véritable. Dans un contexte où les influences gréco-romaines et judéo-chrétiennes sont suspectes, les influences orientales représentent une alternative à la culture occidentale. La science et la médecine officielle sont jugées inférieures aux approches holistiques, de même que les structures patriarcales et particulières dans le domaine politique et religieux, considérées comme des obstacles à l'avènement de l'ère du Verseau. Encore une fois, il apparaît clairement que le choix des alternatives Nouvel Âge implique une rupture totale avec la tradition d'appartenance. Est-ce vraiment une attitude aussi mure et libérée qu'on ne le croit?
Les traditions religieuses authentiques encouragent la discipline dans le but d'atteindre la sagesse, l'équanimité et la compassion. Le Nouvel Âge se fait l'écho de l'aspiration profonde et indéracinable de la société à une culture religieuse intégrale et à un idéal plus cohérent et plus éclairé que ce qu'offrent généralement les hommes politiques, mais on ne voit pas bien en quoi une vision fondée sur l'expansion continue du moi peut profiter aux individus ou à la société. Les cours de formation Nouvel Âge (tels le « Erhard Seminar Trainings » [EST], etc.) allient les valeurs de la contre-culture au désir de réussir propre à la culture ambiante, la satisfaction intérieure au succès extérieur. Les séminaires « Spirit of Business » de Findhorn visent à transformer l'expérience du travail, tout en augmentant la productivité. Certains adeptes du Nouvel Âge s'emploient non seulement à devenir plus authentiques et spontanés, mais aussi plus riches (à l'aide de la magie, etc.). « Ce qui rend les choses encore plus attrayantes pour les hommes d'affaires soucieux de la compétitivité de leur entreprise, c'est que les formations Nouvel Âge semblent promouvoir des idées plus humanistes dans le monde des affaires. Le lieu de travail y est présenté comme un 'milieu d'apprentissage', où il faut 'insuffler la vie dans le travail' et 'humaniser le travail'. Il y est question de 'réalisation du manager', de 'priorité aux personnes' ou de 'débloquer le potentiel'. Présentées par des formateurs Nouvel Âge, ces idées sont faites pour séduire les hommes et les femmes d'affaires qui ont déjà suivi des formations plus terre-à-terre et qui souhai