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II.- une organisation opaque
Le mode de structuration dun organisme traduit bien souvent les objectifs qui lui sont assignés. Pour remplir la tâche qui lui était confiée, la Commission devait par conséquent examiner la manière dont les sectes sorganisent. Cet examen a permis de constater que les préoccupations purement organisationnelles des mouvements sectaires rejoignent souvent leurs ambitions économiques et financières.
Lorganisation des sectes nest ni facile à appréhender, ni aisément restituable. Les sectes entretiennent sur leurs activités comme sur les structures qui les composent une part de mystère. Elles mettent aussi en avant des vitrines présentées sous la forme dassociations poursuivant un objet apparemment cultuel ou ésotérique, qui cachent souvent un réseau de personnes morales ou physiques qui se prêtent à des activités de toute autre nature. Lextrême diversité du phénomène, la multiplicité des mouvements et les différences observées quant à leurs effectifs entraînent en outre de grandes disparités dans leur mode dorganisation.
Les exemples portés à la connaissance de la Commission permettent cependant de dégager des traits dominants qui, avec des nuances liées à la particularité de chaque mouvement, se reproduisent. Le but est généralement dobtenir une certaine reconnaissance publique pour la vitrine du mouvement et une garantie de clandestinité pour le réseau sur lequel il sappuie.
Le contrôle du mouvement par ses dirigeants repose, dans la grande majorité des cas, sur des structures pyramidales en réseau. Il est ainsi possible de dégager un schéma type de lorganisation sectaire qui se décline, avec des variantes, en fonction de chaque situation. Cependant, à côté des groupes particulièrement représentatifs de ce schéma, il existe aussi des sectes qui ont mis en place des organisations originales et, à plusieurs égards, novatrices.
La présence de caractéristiques dominantes que lon retrouve dans plusieurs organisations pose la question de lexistence dune structure " intersectaire " qui serait chargée dassurer la défense et la coordination des différents mouvements.
Plusieurs exemples de collaboration entre sectes ont été portés à la connaissance de la Commission qui, de son côté, a pu observer certaines similitudes dans le libellé des lettres qui lui ont été adressées en réponse au questionnaire quelle a envoyé aux principales sectes. En outre, plusieurs organes jouent ouvertement un rôle de concertation entre les sectes. Depuis plusieurs années, le Centre détudes sur les nouvelles religions (CESNUR)
--dirigé par M. Massimo Introvigne -- constitue une tribune utilisée pour la défense du sectarisme. Il semble avoir été relayé par une nouvelle association créée en 1996, sous le nom d" Omnium des libertés individuelles et des valeurs associatives ". Cette association, tout comme le CESNUR, a notamment été linstigatrice dune campagne de dénigrement des travaux réalisés par la précédente Commission denquête.
1.--Lorganisation sectaire et ses variantes
Les annexes au rapport donnent des informations détaillées sur lorganisation des mouvements sectaires les plus représentatifs. Elles permettent de constater que, malgré la diversité des courants auxquels les sectes se rattachent et les différences notables constatées dans les activités quelles déploient, leur organisation repose sur des constantes que lon retrouve, avec un degré de sophistication juridique inégal, dans la plupart des mouvements.
Les sectes implantées en France sont, en règle générale, lémanation dune " secte mère " dont le siège international est situé à létranger. Elles sappuient souvent sur une structure fédérale et organisent leurs activités autour de trois branches : une branche reposant sur une structure associative chargée de propager la doctrine du mouvement ; une branche composée dun ou plusieurs organes, associatifs ou non, dont lactivité comporte un caractère économique ; et une branche immobilière constituée de personnes morales qui servent de supports juridiques aux investissements immobiliers. Dans plusieurs cas, une structure spécialement dédiée au financement de la secte sajoute à ces trois branches. Lensemble constitue les instances nationales de la secte dont limplantation sur le territoire sappuie sur un maillage plus ou moins serré détablissements ou dassociations locales. Par ailleurs, lorganisation sectaire est relayée par un réseau économique parfois très étendu, prenant des formes diverses qui seront plus particulièrement étudiées dans la deuxième partie du rapport.
a) Lexistence dun siège international situé à létranger
Les Etats-Unis constituent le premier pays daccueil des instances internationales des sectes qui y trouvent un droit et un système de pensée favorables à leur création et à leur développement. La Scientologie, les méthodes Avatar ou Landmark sont des créations américaines. Les Témoins de Jéhovah ont établi leur siège international outre-atlantique, de même que lAMORC qui a choisi de domicilier sa structure internationale en Californie. Le Japon est également une zone de prédilection du sectarisme, et la Soka Gaikkaï, Mahikari et Moon y disposent de sièges internationaux. Les autres régions du monde concernées sont surtout lInde, le Brésil et certains pays européens comme lAutriche, les Pays-Bas ou la Belgique. En outre, plusieurs sectes semblent attirées par les pays à fiscalité privilégiée, comme le Luxembourg ou la Suisse où lon relève plusieurs sièges internationaux.
Lexistence dun siège international à létranger permet détablir des liens juridiques et financiers entre la secte mère et son émanation française, et, le cas échéant, dopérer des transferts de fonds parfois conséquents. Tel est notamment le cas de la Scientologie, de Mahikari, de la Soka Gakkaï ou de Moon. LAMORC a reçu en mars 1993 un apport de 46 millions de francs de la " Supreme Grand lodge of the Ancient and mystical Order rosae crucis ", structure mère de la secte implantée en Californie, afin dacquérir limmeuble quelle occupe au 199, rue Saint-Martin à Paris. Bien quil soit moins connu, lexemple de lEglise du Christ est révélateur des relations que peuvent nouer une secte internationale et son obédience française. LEglise du Christ de Paris est en effet membre dune secte internationale domiciliée à Boston aux Etats-Unis, et reçoit des subventions de son organisation mère qui, en outre, prend en charge les 450.000 francs de salaire annuel perçu par le président de la branche française. En sens inverse, cette dernière verse chaque année un pourcentage de ses recettes à lorganisation américaine, de même quà lorganisation non gouvernementale Hope World Wide qui sert de vitrine humanitaire à la secte.
Certaines sectes, de création apparemment purement française, ne semblent pas disposer dun siège à létranger. Cest semble-t-il le cas du Mandarom, de lOffice culturel de Cluny, de la Pentecôte de Besançon, de la Contre réforme catholique. Labsence de domiciliation officielle dans un pays étranger nempêche cependant pas dy créer éventuellement des implantations ou dy ouvrir des comptes bancaires, comme on le verra lors de lexamen des aspects internationaux de la fraude sectaire.
b) La mise en place de structures fédérales
Les structures formant la secte sont assez fréquemment affiliées à une personne morale fédérative qui est la gardienne de lunité du groupe et assure le contrôle de ses organes, parfois en leur imposant leurs statuts ou des prélèvements financiers.
Il existe notamment une Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah dont le rôle exact sera examiné plus loin. LUnion des églises de Scientologie regroupe les différentes " églises " scientologues qui ont adopté les statuts types établis par cette instance fédérale, et se conforment aux règles quelle a établies. La Soka Gakkaï dispose également dune Union des associations cultuelles Soka du boudhisme Nichiren, et lOffice culturel de Cluny sest constitué sous la forme dune fédération intitulée Fédération danimation globale, qui regroupe des associations avec lesquelles elle passe des conventions prévoyant des échanges de services, de matériel ou de personnel et des mouvements financiers, chaque membre versant à la fédération un pourcentage de ses recettes. De même, les différentes implantations de la Pentecôte de Besançon sont regroupées au sein dune Fédération évangélique missionnaire.
c) Le recours à des structures dédiées aux investissements immobiliers
Les sectes disposent dun patrimoine immobilier important qui sera examiné dans la deuxième partie du rapport. Ce patrimoine nappartient pas toujours aux associations qui constituent les organes dirigeants de la secte, et plusieurs mouvements ont recours à des montages juridiques spécifiques qui passent, dans la majorité des cas, par la constitution dune société civile immobilière (SCI).
Il existe de nombreux exemples de SCI propriétaires et gestionnaires des biens immobiliers utilisés par des sectes. Jusquen 1978, certains des biens immobiliers des Témoins de Jéhovah étaient juridiquement détenus par la SCI Villa Guibert. Le patrimoine immobilier de Moon est rattaché à plusieurs sociétés, comme les SCI Le Nouveau Belvédère et Internationale Vredesstichting. Certains immeubles de Krishna ont été achetés par lintermédiaire de deux SCI. Lutilisation de SCI a également été relevée pour Invitation à la vie, Energo Chromo Kinèse, la Fraternité blanche universelle, Mahikari, lOffice culturel de Cluny et la Pentecôte de Besançon. LAMORC a créé la SCI Pernelle afin dacquérir des locaux en vue de leur utilisation par ses sections locales implantées sur le territoire.
Les associations sectaires peuvent être locataires de biens appartenant à des sociétés civiles immobilières auxquelles elles versent un loyer. Lexistence de loyers nest pas incompatible avec un contrôle, par lorganisation, de ces sociétés qui peuvent être détenues directement ou par lintermédiaire de personnes " écrans ". On peut en effet sinterroger sur le montant des loyers payés par certaines sectes. LAssociation de lEsprit Saint pour lunification du christianisme mondial, instance française de Moon, a par exemple déclaré payer un loyer annuel de 20.700 francs pour son siège au 9-11, rue de Châtillon dans le 14ème arrondissement de Paris, appartenant à la SCI Vredesstichting. Ce loyer semble particulièrement bon marché pour les quelque 1.200 m2 de bureaux et de salles de conférence ainsi mis à la disposition de la secte.
d) La présence dune branche économique
La quasi totalité des sectes examinées dans le présent rapport ont une activité économique, certes dimportance inégale et dont le caractère lucratif nest pas toujours établi, mais directement exercée par lorganisation sectaire elle-même, indépendamment du réseau dentreprises dont elle peut par ailleurs disposer. Ces activités économiques sont souvent assurées par les associations constituant les organes centraux de la secte, notamment à loccasion de leurs activités " spirituelles ", lorsque ces dernières passent par la vente de prestations ou de produits. Dans de nombreux cas, les sectes ont choisi de créer des structures commerciales distinctes, spécifiquement chargées de poursuivre un but économique. Ces structures sont la face lucrative de la secte qui peut par ailleurs, par lintermédiaire de ses associations, continuer à avoir des activités économiques directes, notamment par la vente douvrages et dobjets ou la facturation de stages, cours, conférences ou autres prestations.
Le Patriarche, récemment rebaptisé Dianova, constitue lexemple le plus représentatif de structures commerciales sectaires. M. Lucien Engelmajer, fondateur de la secte, a bâti un véritable empire économique formé de plusieurs sociétés commerciales détenues par lassociation portant son nom, et notamment une société de restauration rapide, la SA New Lunch, regroupant huit établissements en France sous lenseigne " Fiesta paella " ou " Paella store ole ". Certaines de ces sociétés sont encore en activité. On retrouve une organisation similaire pour lAntroposophie dont les activités économiques sont assurées par de nombreuses sociétés de distribution ou des écoles réparties dans plusieurs départements.
Une partie des activités lucratives de la Scientologie a été confiée à la SARL Scientologie espace librairie qui, domiciliée à la même adresse que les instances nationales de la secte, vend notamment les ouvrages de L.R.Hubbard et sous-loue les locaux utilisés par plusieurs églises locales. La même séparation est observée dans le cas de lAMORC qui dispose, à travers lEspace AMORC implanté à Paris, dun luxueux centre de conférences loué à des clients parfois prestigieux et géré par la société Diffusion rosicrucienne créée à cet effet par la secte. Cette dernière a également déclaré, sous lappellation Domaine de lenfance et des loisirs, une association spécifiquement chargée des activités dhébergement denfants. Lassociation mère française entretient des relations financières régulières avec ses satellites économiques. Jusquen 1994, elle versait une subvention à la société Diffusion rosicrucienne à laquelle elle continue à acheter des fournitures et des impressions pour environ 3,5 millions de francs chaque année. Elle verse également au Domaine de lenfance et des loisirs une subvention qui a atteint 1,5 million de francs en 1997.
Dune manière générale, les sectes ont tendance à constituer des structures juridiques distinctes chargées dassurer lédition de leurs publications. Cest notamment le cas du Graal, des Roses Croix dor et de lAMORC. Par ailleurs, des sociétés peuvent être créées pour assurer la fabrication et la commercialisation de produits de la secte. Un des dirigeants dEnergo chromo kinèse, M. Patrick Véret, a créé la société Nutrition énergétique des organes et des méridiens (NEOM) pour fabriquer et vendre les produits paramédicaux de la secte. De même, Krishna dispose dune structure dénommée Hare Krishna qui vend notamment des produits végétariens.
Tradition Famille Propriété, association mère de la secte du même nom, a recouru à une association distincte, dénommée Avenir de la culture, à laquelle elle a confié les activités de démarchage nécessaires à la diffusion de ses préceptes. Les deux associations entretiennent des relations étroites, le président et le trésorier de chacune dentre elles étant salariés par lautre.
La face lucrative de Mahikari est constituée par trois sociétés dans lesquelles la secte japonaise détient des participations : une société de droit étranger située au Luxembourg (LH Yoko Shuppan Europe SA), une agence de voyage (HIKARI France) et une SARL spécialisée, daprès sa déclaration au registre du commerce, dans la formation et lorganisation de congrès (LH France). Cette dernière est détenue par lorganisation japonaise de la secte et par la société implantée au Luxembourg où elle verse dimportants honoraires (1,2 million de francs en 1995). Lagence de voyage a été constituée pour les besoins de lassociation Sukyo Mahikari, organe central de la branche française, dont elle constitue le prolongement, lensemble de ses clients étant formé dadeptes pour lesquels elle organise des voyages au Luxembourg ou au Japon. Invitation à la vie a également créé une agence de voyage qui, pendant plusieurs années, a organisé les " pèlerinages " pour les adeptes.
La Soka Gakkaï a créé une société chargée dexercer ses activités lucratives. Il sagit de la Société européenne de restauration et de services détenue à 99 % par la secte, qui commercialise ses supports " pédagogiques ".
e) La possibilité de structures de financement spécifiques
Certaines sectes ont mis en place des structures spécifiques afin dassurer le financement de leur organisation. Trois exemples ont été portés à la connaissance de la Commission. Même sils sont peu nombreux, ils montrent que les sectes peuvent recourir à des montages juridiques qui atteignent un degré de sophistication important.
Les Témoins de Jéhovah disposent, on va le voir, dune association chargée dassurer la péréquation des dons qui sont versés aux différentes implantations locales de la secte.
Le Patriarche-Dianova qui fait partie des mouvements économiquement les plus actifs, a créé en 1993 un holding qui a investi dans plusieurs structures constituant le réseau économique du mouvement. Lassociation L. Engelmajer et ses filiales sont en effet propriétaires dune société holding luxembourgeoise de participation sociale et financière, la SOPASOFIE. Daprès les informations figurant dans le rapport de la Cour des comptes sur le dispositif de lutte contre la toxicomanie (), le capital social de ce holding atteignait 10 millions de francs, réparti entre lassociation Lucien Engelmajer qui détiendrait 15 % des actions, les associations françaises, suisses, portugaises et espagnoles constituant la secte, et les associations contre le Sida qui lui sont liées.
Le réseau de lAnthroposophie dispose également de deux structures de financement à travers la Nouvelle économie fraternelle et la Société financière de la nouvelle économie fraternelle. La première est une association formée afin dexpérimenter des " relations dentraide économique et financière se fondant, en particulier, sur une circulation transparente de largent, éclairée par une conscience altruiste ". La seconde est un organisme bancaire créé sous la forme dune société coopérative anonyme affiliée à la Caisse centrale de crédit coopératif. Agréée par la Banque de France en 1988, elle est habilitée à recevoir du capital et de lépargne et peut consentir des prêts. Lassociation reçoit des cotisations, des dons et des subventions (émanant de la Fondation de France, de la Fondation dentreprise de la MACIF ou de la Délégation générale à linnovation et à léconomie sociale). Ses ressources annuelles, estimées à 800.000 francs en 1994, lui permettent daffecter une subvention déquilibre à la société financière. Elles sont également utilisées pour accueillir les demandeurs de crédits, et financer létude et laccompagnement de leurs projets. Il sagit dune aide préalable destinée à assurer la réussite des programmes pour lesquels la société financière décide daccorder des prêts. Le capital social de cette dernière atteignait, à la fin de 1994, 9,3 millions de francs, et, à la même date, une augmentation de capital de 15 millions de francs était envisagée. La banque proposait deux produits financiers : les comptes de dépôts à terme et le livret " NEF-crédit coopératif " dont les caractéristiques étaient proches du livret A de la Caisse dépargne. Elle disposait en 1994 dun encours dépargne de 13 millions de francs pour les comptes à terme et de 10 millions de francs pour les livrets.
2.--Les montages juridiques les plus représentatifs
Les montages juridiques mis en place par plusieurs sectes sont particulièrement représentatifs et méritent un développement particulier.
a) La Contre réforme catholique ou lexemple dune organisation sectaire complète
Répertoriée dans le rapport de la précédente commission denquête sous lappellation " Petits frères et petites surs du Sacré-Cur ", la Contre réforme catholique est une secte de faible importance dun point de vue économique et financier. Pour autant, son organisation reproduit fidèlement le modèle sectaire type. Il sagit par conséquent dun exemple de " petite " secte particulièrement soucieuse de son organisation.
Elle est en effet organisée en quatre structures qui, toutes, sont domiciliées à la même adresse, à savoir la Maison Saint Joseph à Saint-Parres-les-Vaudes dans lAube. Elle dispose, en premier lieu, de deux associations chargées dassurer son activité de prosélytisme : la Contre réforme catholique du XXème siècle, relayée par les Amis de la Communauté du Sacré Cur de Saint-Parres-les-Vaudes. Par ailleurs, ses biens immobiliers sont regroupés dans la SCI La Maison Saint Joseph. La secte a enfin formé une SARL, Limprimerie Saint Joseph, afin dassurer la publication et la diffusion des uvres de son fondateur, M. Georges de Nantes.
Les quatre organes de la secte établissent des relations financières croisées. Destinataire du produit des ventes et des abonnements, lAssociation des Amis reverse ses ressources (entre 0,8 et 1,4 million de francs selon lexercice) à la Contre réforme qui, pour sa part, attribue une subvention déquilibre à la SARL (entre 0,6 et 1,1 million de francs).
b) La Scientologie ou lexemple dune organisation pyramidale particulièrement poussée
Lorganisation de la Scientologie est aujourdhui devenue un sujet détude, et plusieurs ouvrages portant sur la secte lui consacrent des développements particuliers. On a notamment beaucoup écrit sur les instances internationales du mouvement auxquelles il est généralement attribué une ambition planétaire et lutilisation de techniques de renseignement redoutables. La Commission na pas pu vérifier lexistence de telles pratiques qui, au demeurant, nentraient pas directement dans son objet. En revanche, elle a pu constater le degré de sophistication de lorganisation scientologue.
Dans chacun des pays où elle est implantée, la Scientologie assure un maillage très serré du territoire destiné à assurer le fonctionnement pyramidal de la secte.
De la base aux instances nationales, il existe trois niveaux de structure dont le rôle et la place au sein de lorganisation sont strictement définis par un règlement interne.
· Les missions de la Scientologie
Les missions constituent loutil de base de la propagation de la secte. Elles sont chargées de sadresser aux personnes qui nont jamais eu de contact avec cette dernière, et ne peuvent proposer que les prestations élémentaires de la Scientologie. Elles sont cédées à des adeptes confirmés sous la forme dun contrat de franchise qui prévoit le reversement dun pourcentage (10 % en général) du chiffre daffaires de la mission. Les missions sont liées entre elles par des relations fédérales, et sont placées sous lautorité dun bureau territorialement compétent, comme le Bureau de SMT installé à Copenhague, en charge de lensemble de lEurope. Elles sont également surveillées par le Bureau international des missions scientologues dont le siège est à Los Angeles, et qui est chargé de leur apporter conseil et assistance.
Lorsquelles nont pas les moyens dassurer lenseignement de R. Hubbard, les missions renvoient leurs adeptes vers les églises, et touchent une commission sur les revenus perçus par ces dernières sur chaque nouvelle recrue.
· Les églises de Scientologie
Les églises forment les principales instances de la Scientologie dont elles coordonnent lensemble des associations présentes sur leur territoire de compétence. Elles dispensent les cours jusquau niveau V, et restent soumises aux directives transmises par lorganisation internationale de la secte. Elles sont traditionnellement découpées en plusieurs sections (finances, éthique, comité de surveillance ).
· Les celebrity centers
Les celebrity centers servent de vitrines à la Scientologie. Ils sadressent aux adeptes ou futurs adeptes pour lesquels la secte entend réserver un traitement particulier, justifié par leur position sociale, et notamment par leur appartenance au monde du spectacle ou des affaires. Ces centres dispensent des cours de niveau V, ainsi que des formations spécifiques destinées aux chefs dentreprise. Les membres des celebrity centers sont mis en avant par la secte pour cautionner son existence et sa réputation.
La Scientologie disposait dun celebrity center en France, installé à Paris. Il a fait lobjet dun redressement fiscal pour activité lucrative non déclarée et le Tribunal de commerce de Paris a prononcé sa liquidation judiciaire par un jugement du 10 juillet 1997.
La branche française de la Scientologie a subi une restructuration en 1996 qui a abouti à une multiplication des structures. Chaque église de Scientologie a été dédoublée en, dune part, une association dénommée " Eglise de Scientologie " chargée des rites et des cérémonies et qui prétend profiter du statut dassociation cultuelle, et, dautre part, une association intitulée " Association spirituelle de lEglise de Scientologie " chargée dassurer certaines prestations proposées par la secte (cours de dianétique, auditions ). Ce dédoublement existe ainsi dans cinq villes : Paris, Lyon, Saint-Etienne, Clermont-Ferrand et Angers. En outre, les associations revendiquant le statut cultuel ont été regroupées dans une " Union des églises de France ". Parallèlement, il existe toujours quatre missions scientologues implantées à Bordeaux, Toulouse, Nice et Marseille, qui constituent des associations autonomes, chargées dassurer les services de base. Les centres de dianétique forment les établissements locaux de la secte, dénués de personnalité morale et rattachés à une église. Enfin, la SARL Scientologie Espace librairie a été créée pour regrouper les aspects les plus directement lucratifs des activités de la secte (vente de produits et douvrages). Cette société dispose dun établissement secondaire auprès de chaque église de province et assure ainsi, à travers la commercialisation des produits scientologues, la liaison entre ces différentes associations.
Pour tenter dêtre complet, il faut ajouter que certaines activités périphériques ont été confiées à des associations spécifiques créées à cet effet, comme " Non à la drogue, oui à la vie " ou les centres Narconon, qui constituent la vitrine présentée comme " caritative ", et la concrétisation de son implication dans la lutte contre la drogue.
Cette organisation aboutit à un cloisonnement des structures qui entretient lillusion dune séparation des activités. La branche spécifiquement prosélyte est constituée par les églises et les associations spirituelles. Les activités économiques sont ventilées entre dune part les associations spirituelles et les missions pour ce qui concerne les prestations " intellectuelles " tournant autour de la diffusion de la dianétique, et dautre part la SARL pour la vente de produits. Cette dernière sous-loue également des immeubles aux associations. Une telle séparation a lavantage de créer une étanchéité entre les différentes structures, cette démarche nétant pas propre à la Scientologie. Cest largument qui a été utilisé par la présidente dune église scientologue qui, devant la Commission, a déclaré ne rien connaître des activités de lassociation spirituelle pourtant installée à la même adresse, et dont elle est membre, et a par conséquent refusé de répondre à certaines questions.
La restructuration de la Scientologie ne doit tromper personne. Au-delà des découpages juridiques, les associations scientologues restent soudées par une communauté de locaux, de pratiques et dintérêts, et entretiennent des liens financiers étroits qui seront examinés plus loin.
c) Les Témoins de Jéhovah ou lexemple dun montage associatif intégré
Le mouvement des Témoins de Jéhovah repose sur une fédération et cinq associations qui constituent les instances nationales de la secte, ainsi quun réseau dassociations locales qui représentent ses implantations sur le territoire. Ces différentes personnes morales sont organisées dans un souci de sectorisation des activités qui reproduit le schéma sectaire classique. Néanmoins, la confusion des rôles qui caractérise la répartition des compétences entre les associations nationales, de même que les relations juridiques et financières étroites quelles entretiennent, font de la secte une organisation particulièrement intégrée.
· Une sectorisation des activités
Les Témoins de Jéhovah sappuient sur un réseau dassociations locales qui assurent les activités de la secte dans leur zone de compétence, et sont notamment propriétaires de plusieurs centaines de lieux de réunion.
La secte vient également de créer une Fédération chrétienne des Témoins de Jéhovah, déclarée le 15 février 1999, qui a pour objet de regrouper les associations constituant la secte, afin de contribuer à la diffusion de son message et à la défense de ses adeptes. Cette structure est, dun point de vue financier et comptable, une coquille vide qui ne reçoit aucune recette autre que les cotisations de ses membres, et ne semble disposer daucun actif.
Les cinq associations constituant les instances nationales du mouvement sont réparties entre Boulogne-Billancourt dans les Hauts-de-Seine et Louviers dans lEure. La première adresse correspond généralement au siège social des associations, tandis que la seconde est le centre national de la secte qui y dispose dun complexe administratif, industriel et dhébergement conséquent.
LAssociation cultuelle des Témoins de Jéhovah de France est lassociation nationale spécifiquement chargée des activités de prosélytisme. Elle supervise et dirige les Témoins qui assurent la diffusion du message de la secte, et organise les grands rassemblements. Elle prend également en charge les frais relatifs à lactivité des " prédicateurs " quelle entretient, notamment en finançant leurs frais de déplacement, en leur assurant une véritable couverture sociale en cas de maladie ou de retraite.
Limportance acquise par le centre de Louviers dans la diffusion du message de la secte et la concentration dadeptes qui y sont réunis ont justifié la création dune association particulière dénommée " Communauté chrétienne des Béthélites ". Cette association a pour objet de concourir à la propagation des principes jéhovistes par la parole et par lédition, le mouvement ayant mis à sa disposition les installations industrielles, et notamment dimprimerie, dont il est propriétaire. Elle est également chargée de préserver et de défendre le cadre de vie du complexe de Louviers qui constitue un centre de passage et dhébergement important accueillant 20 " invités " par mois et 10.000 " visiteurs " par an. En outre, elle prend en charge les frais dentretien de ses membres permanents.
LAssociation Les Témoins de Jéhovah est le noyau dur de la secte. Elle est chargée de ses activités dédition, dimpression et de diffusion, et sert de support juridique à lactivité commerciale et industrielle de limprimerie installée dans lEure (). Elle est également propriétaire de la majeure partie du patrimoine mobilier et immobilier de lorganisation, et notamment de la plupart des biens quelle possède à Louviers.
Le reste des immeubles des Témoins de Jéhovah, hors patrimoine détenu par les associations locales, appartient à la quatrième association à compétence nationale, lassociation Villa Guibert, qui a remplacé en 1978 la société civile immobilière du même nom. Cette dernière était initialement le support juridique des biens immobiliers de la secte. LAssociation Villa Guibert a pour objet de mettre à la disposition des autres associations du groupe des terrains et bâtiments. Comme on le verra dans la deuxième partie du rapport, lassociation a vendu une grande partie de ces biens. En outre, la construction du complexe de Louviers sous légide de lAssociation des Témoins de Jéhovah a entraîné une concentration de lactif immobilier sur les comptes de cette entité. Destiné à regrouper lensemble des instances nationales de la secte dont il constitue une vitrine et un centre dimportance européenne, ce site représente en effet linvestissement le plus important.
Enfin, lAssociation pour la construction et le développement des lieux de culte des Témoins de Jéhovah, déclarée en 1990, forme la dernière pierre de lédifice. Elle a été créée afin de permettre le financement de la construction des " salles du royaume ", cest-à-dire des lieux de réunion des associations locales. A cet effet, elle centralise une partie des dons recueillis par les implantations territoriales de la secte. Ces dons sont transférés, sous forme de prêts accordés par les associations locales, à lassociation nationale. Cette dernière les utilise en accordant, à son tour, des prêts aux mêmes associations locales pour financer leurs projets immobiliers. LAssociation pour la construction et le développement des lieux de culte est donc, vis-à-vis des associations locales, à la fois détentrice dune créance (112,1 millions de francs au 31 août 1998), et redevable dune dette (44,2 millions de francs à la même date). Elle peut également financer lachat des matériaux nécessaires à de telles constructions, et offre un soutien technique à travers 11 " comités de construction rapide ", composés de 5 à 6 membres chargés dorganiser et de superviser les opérations immobilières locales. Lassociation assume ainsi un véritable rôle de péréquation financière par lintermédiaire dun " fonds de secours et de solidarité ", alimenté par des dons émanant de la base de la secte et destiné à aider les investissements locaux.
On retrouve au sein des compétences de ces cinq associations le découpage entre les quatre branches de lorganisation sectaire type. LAssociation cultuelle et la Communauté des Béthélites assurent plus particulièrement les activités de prosélytisme, tandis que lAssociation Les Témoins de Jéhovah constitue la branche économique et une partie de la branche immobilière formée par ailleurs de la Villa Guibert. LAssociation pour la construction et le développement les lieux de culte est en quelque sorte la " banque " de la secte dont elle assure la répartition des moyens de financement.
· Une certaine confusion des rôles
La répartition des rôles entre les différentes associations de Témoins de Jéhovah qui vient dêtre décrite repose sur les caractéristiques dominantes des fonctions assignées à chacune de ces structures. Lorganisation jéhoviste est cependant trop complexe pour être réduite à un schéma aussi clair. Dans les faits, chaque association peut être amenée à intervenir dans un domaine extérieur à sa spécialisation, et la secte entretient sur ce point une indéniable confusion des rôles.
Il est, en premier lieu, intéressant de noter que les dons manuels qui constituent le fondement de la puissance financière de la secte sont perçus par trois associations différentes (lassociation cultuelle, la communauté des Béthélites et lassociation dédiée à la construction et au développement des lieux de culte). La secte na donc pas créé un réceptacle unique de la générosité de ses adeptes. En loccurrence, depuis la taxation des offrandes perçues par lAssociation Les Témoins de Jéhovah, les dons ont été réorientés vers les trois associations qui viennent dêtre mentionnées qui, elles, nont pas fait lobjet dun contrôle fiscal. De ce point de vue, la sectorisation des structures présente lavantage de créer une étanchéité entre entités juridiques, y compris vis-à-vis de ladministration.
De même, le patrimoine immobilier nest pas centralisé dans les mains dune seule structure, et il appartient rarement à la personne morale qui lutilise directement, comme le montre lexemple du complexe de Louviers, propriété de lAssociation des Témoins de Jéhovah, mais mis à la disposition des Béthélites. En outre, certaines activités de la secte peuvent être assurées par lensemble des structures qui la forment. Les importantes contributions que la branche française apporte aux " missions " étrangères sont, par exemple, assurées par toutes les associations nationales qui régulièrement versent des subventions à létranger. Seule la Villa Guibert, financièrement moins puissante, ne semble pas participer à cette aide.
Bien quelle se présente comme exclusivement cultuelle, lAssociation cultuelle des Témoins de Jéhovah de France participe aux opérations dinvestissement de la secte, notamment en finançant des travaux nécessaires aux rassemblements des adeptes, comme, par exemple, la construction dun parking à Bordeaux. Elle peut également être amenée à avoir des activités financières en octroyant des prêts aux autres associations. En sens inverse, lAssociation Les Témoins de Jéhovah qui forme la branche économique et immobilière intervient dans lactivité qualifiée de cultuelle. Elle a notamment créé un fonds dentraide destiné à aider les anciens membres du centre de Louviers, vitrine " spirituelle " de lorganisation. Elle joue par ailleurs un rôle important dans le financement des autres associations auxquelles elle consent des prêts.
Ces exemples montrent que lorganisation des Témoins de Jéhovah constitue un tout. Les différentes personnes morales qui la forment peuvent difficilement en être extraites et examinées indépendamment des activités poursuivies par les autres.
· Des relations juridiques et financières étroites
Les instances nationales des Témoins de Jéhovah ont en effet passé entre elles plusieurs conventions.
Il existe, en premier lieu, une " convention de mise en commun dactivités " qui lie lAssociation les Témoins de Jéhovah, lAssociation cultuelle, la Communauté des Béthélites et lAssociation pour la construction et le développement des lieux de culte. Signée le 2 juillet 1997, cette convention quadripartite stipule que les associations " décident de mettre en commun une partie de leur activité afin de favoriser toutes les opérations utiles et nécessaires à lexercice de leurs missions ". Elle prévoit notamment que les membres de la Communauté pourront exercer leurs fonctions dans les autres associations signataires, et que lAssociation les Témoins de Jéhovah effectuera pour le compte dune autre partie à la convention " des transports en France et à létranger ".
Par ailleurs, depuis 1996, les relations entre lAssociation Les Témoins de Jéhovah et la Communauté des Béthélites sont régies par une convention annuelle qui prévoit que cette dernière " sengage à affecter (à la première) un certain nombre de Béthélites en fonction des circonstances, la tâche à accomplir étant nécessairement liée à la production et à la diffusion des périodiques, brochures, livres religieux et des bibles ". Elle ajoute que les membres de la Communauté ainsi mis à disposition continueront à être placés sous les ordres du responsable de cette dernière qui procédera notamment à leur affectation. Il est également précisé que la durée de la mise à disposition ne peut excéder les horaires de travail habituels (huit heures par jour du lundi au vendredi). Cette convention a pour but dorganiser les activités dédition de limprimerie de Louviers, juridiquement rattachées à lAssociation les Témoins de Jéhovah, mais effectivement réalisées par les membres de la Communauté. Elle contient plusieurs indications précieuses sur la réalité de lobjet de cette dernière, et notamment des indices sur les rapports de subordination qui lient le président de lassociation à ses membres. Ces indices apportent un éclairage utile sur le contentieux ouvert entre la secte et ladministration au sujet de lapplication du droit du travail, contentieux qui sera évoqué dans la dernière partie du rapport.
La Commission a également relevé plusieurs conventions de mise à disposition de biens mobiliers ou immobiliers. La Communauté des Béthélites utilise des locaux et du matériel qui appartiennent à lAssociation Les Témoins de Jéhovah, en application dun contrat de prêt à usage passé en 1996. Elle a conclu une convention similaire avec lAssociation Villa Guibert pour des immeubles situés à Incarville, dans lEure. Enfin, lAssociation Villa Guibert et lAssociation Les Témoins de Jéhovah ont octroyé le même avantage à lAssociation cultuelle, afin quelle ait lusage de locaux situés à Boulogne et à Louviers.
Ces liens juridiques sont complétés par des mouvements comptables et financiers croisés. Les associations nouvellement créées ont parfois bénéficié dapports consentis par des structures plus anciennes. Cest notamment le cas de lAssociation pour la construction et le développement des lieux de culte qui, au moment de sa constitution, a reçu de lAssociation chrétienne des Témoins de Jéhovah un apport de 3,6 millions de francs en numéraire et une créance de 108,1 millions de francs sur les associations locales. Cette structure de financement de la secte, dépositaire dune partie importante des dons, est devenue lorgane prêteur du groupe. Outre les prêts quelle octroie aux associations locales pour leurs salles de réunion, elle a consenti, dune part, un prêt total de 40 millions de francs à lAssociation Les Témoins de Jéhovah pour participer à la construction du complexe de Louviers, et, dautre part, un prêt de 17,5 millions de francs à la Villa Guibert pour lentretien du parc immobilier dont elle est propriétaire. La Commission a également relevé un prêt de 5 millions de francs consenti par lAssociation cultuelle à la Communauté des Béthélites.
Le cas des Témoins de Jéhovah constitue un exemple parmi dautres qui montre limpossibilité dexaminer la situation juridique dune association sectaire indépendamment de celle des entités qui lui sont liées. En particulier, la Commission appelle lopinion publique, ladministration ou le juge à la prudence et à la vigilance dans les conséquences quils
peuvent tirer de lobjet " cultuel " que certaines associations se sont donné. Lobjet de la Communauté des Béthélites ne peut pas être examiné au regard de ses seuls statuts. Un tel examen doit englober les activités issues des relations conventionnelles ou financières qui lient cette association aux autres branches de la secte. Comme on va le voir plus loin, tous ces éléments doivent entrer en ligne de compte dans linstruction des demandes de reconnaissance officielle du caractère cultuel de plusieurs associations de Témoins de Jéhovah.
3.--Les structures particulières
Des sectes de création plus récente ou dinspiration étrangère plus marquée sont organisées selon des modalités qui diffèrent du schéma sectaire classique. Elles reposent sur une organisation éclatée en de nombreuses implantations dont les liens ne sont pas apparents.
Il existe tout dabord des mouvements sectaires dobédience américaine qui ne présentent pas de structures centrales officiellement déclarées. Par exemple, la méthode Avatar ne dispose daucune association ou entité nationale susceptible de représenter sa branche française. Cest également le cas de Landmark qui na pas jugé utile de constituer une structure représentative de son implantation française, et napparaît, à un niveau central, quà travers une société de droit étranger, Landmark education international.
Il sagit de deux sectes spécialisées dans les techniques de développement personnel qui agissent par lintermédiaire dun réseau de personnes physiques ou dassociations parfois de fait. Une telle organisation est particulièrement adaptée au système de franchise mis au point par ces sectes, et dont on peut considérer quil constitue une forme moderne et particulièrement efficace du sectarisme. La méthode Avatar est en effet propagée par une soixantaine de " masters ", cest-à-dire de personnes qui ont suivi une formation spécifique aux Etats-Unis à lissue de laquelle elles ont obtenu un diplôme et acquis une licence dexploitation leur permettant dutiliser la méthode en France, moyennant le versement dun pourcentage de leur chiffre daffaires à la société mère américaine. Un dispositif identique est utilisé par Landmark, notamment pour dispenser le cours intitulé le " Forum ", du nom du stage emblématique de cette secte américaine.
Labsence de structures centralisées ninterdit pas une organisation en forme pyramidale. Même si les lieux de pouvoir sont beaucoup plus difficiles à détecter, et les circuits de décision moins repérables, certains adeptes peuvent être amenés à jouer un rôle de direction pour une zone géographique donnée.
La secte fondée et dirigée par M. Serge Marjollet et connue sous le nom de Prima Verba est un autre exemple dorganisation sectaire novatrice. Elle préfigure peut-être la forme que le phénomène est appelé à prendre dans les années qui viennent. Cette secte sappuie en effet sur une nébuleuse de petites structures dispersées (associations, SARL ou sociétés civiles) qui nentretiennent des liens quà travers les personnes physiques qui les dirigent ou les administrent, et dont le chiffre daffaires (), considéré indépendamment de celui des autres, nattire pas lattention. Il sagit donc de mouvements qui choisissent de ne pas avoir pignon sur rue pour garantir lopacité de leur action.
Alors que des mouvements comme les Témoins de Jéhovah ou la Scientologie ont déclaré plusieurs associations nationales pour lesquelles ils souhaitaient obtenir une reconnaissance officielle, les exemples qui viennent dêtre cités montrent que certaines sectes développent une stratégie inverse. Eloignées de tout souci de reconnaissance publique, elles préfèrent la discrétion, voire la clandestinité. Cette divergence dattitudes met en lumière les deux objectifs, apparemment contradictoires, de lorganisation sectaire.
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