![]()
![]()
![]()
D.- le marché de la formation professionnelle
La présence sur le marché de la formation professionnelle de multiples organismes émanant ou liés à un mouvement sectaire constitue une des principales manifestations du développement des activités économiques des sectes. Il sagit en effet dun secteur en pleine expansion qui draine des sommes très importantes et qui permet dinvestir les points clés du monde de lentreprise.
La Commission a pu constater à de nombreuses reprises combien lextrême libéralisme, la candeur et le manque de vigilance qui président aux règles encadrant les activités de formation peuvent être propices au développement des pratiques sectaires. Linfluence que certaines sectes ont acquise dans des réseaux de formation et les perturbations quelles ont apportées dans le fonctionnement de plusieurs entreprises sont suffisamment inquiétantes pour justifier la nécessité dune réaction de lensemble des acteurs concernés.
1.-- Un marché propice au développement des pratiques sectaires
a) Des enjeux financiers et commerciaux importants
En près de trente ans dexistence -- la première loi relative à la formation professionnelle date de 1971 --, le marché de la formation professionnelle a acquis un poids financier considérable. La dépense totale en faveur de la formation professionnelle représentait en 1996 plus de 138 milliards de francs (soit 1,8 % du produit intérieur brut). Ce montant se ventilait de la manière suivante : la moitié a été consacrée à la rémunération des stagiaires, aux exonérations et aux frais daccompagnement, tandis quun quart correspondait à loffre privée de formation et que le quart restant couvrait les dépenses internes des entreprises et des organismes publics.
Le poids financier du marché de la formation professionnelle est dautant plus important que les montants en cause sont renouvelables chaque année, les contributions financières supportées par les entreprises pour remplir leurs obligations en matière de formation étant calculées dans le cadre de chaque exercice dactivité. Lexistence dun marché en pleine expansion et dont le droit du travail assure la pérennité exerce indéniablement un effet dappel devant lequel les sectes ne sont pas restées insensibles.
Linfluence que les sectes ont pu acquérir sur ce marché est également révélatrice du rôle quelles entendent jouer dans le monde économique. Lobtention dun contrat de formation peut permettre douvrir les portes dune société et davoir accès aux personnes qui y jouent un rôle central. Sur ce point, lattitude adoptée par les sectes vis-à-vis des entreprises saccorde parfaitement avec le prosélytisme quelles montrent dans leurs relations avec lhomme de la rue. Dispenser une formation devant les salariés dune société est une forme de prosélytisme institutionnalisé et rémunérateur, le formateur intervenant dans un cadre reconnu par la direction de lentreprise et par le dispositif public de prise en charge financière qui laccompagne. Elle peut savérer une manière particulièrement efficace de susciter de nouveaux adeptes. Cest également un moyen davoir accès à des informations stratégiques sur les activités de telle ou telle société.
Le dispositif de formation continue est en outre une merveilleuse occasion de mettre en application, aux frais de la collectivité, les concepts et les programmes de manipulation mentale que les sectes ont mis au point. Comme on va le voir plus loin, la Commission a eu connaissance de plusieurs stages financés par la formation professionnelle dont le contenu sapparente à un véritable canular. Ces exemples illustrent les excès auxquels notre système de formation continue peut aboutir. Ils sont également révélateurs de linfluence acquise par une conception de lentreprise qui, sous prétexte de la recherche de la productivité, justifie des stages proches de la psychothérapie de groupe.
b) Une réglementation minimale
Dans le souci de respecter le principe de la libre concurrence, les textes qui régissent laccès au marché de la formation professionnelle et lexercice des activités des organismes de formation imposent des contraintes minimales. Toute personne physique ou morale peut se faire immatriculer en qualité de " formateur " et utiliser cette déclaration pour proposer ses services aux entreprises.
· Un marché défini de manière extensive
Le marché de la formation professionnelle est devenu le lieu dexpérimentation de nombreuses méthodes issues de la psychologie et des sciences de léducation. Il sagit dun domaine où les sectes, très imaginatives sur ce thème, ont trouvé un terrain particulièrement propice à leur développement.
Telle quelle est inscrite dans le code du travail, la définition de la formation professionnelle permet en effet daccoler le label " formation professionnelle " à des stages très divers.
Lobjet de la formation professionnelle est défini à larticle L.900-1 : il sagit de permettre " ladaptation des travailleurs au changement des techniques et des conditions de travail, de favoriser leur promotion sociale par laccès aux différents niveaux de la culture et de la qualification professionnelle et leur contribution au développement culturel, économique et social ". Larticle L.900-2 précise cet objet en énumérant les six types dactions qui peuvent entrer dans le champ de la formation professionnelle : les actions de préformation et de préparation à la vie professionnelle, dadaptation, de promotion, de prévention, de conversion, et enfin dacquisition, dentretien ou de perfectionnement des connaissances.
Une telle définition permet de rattacher à la formation professionnelle la plupart des activités ayant, de près ou de loin, un rapport avec les actions énumérées. Quel est le stage dont on peut avec certitude montrer quil ne permet pas de favoriser la contribution des travailleurs au développement culturel, économique et social ? Sur ce point, le code du travail est indéniablement ambigu. De quel développement sagit-il ? Du développement de lindividu, de lentreprise dans laquelle il travaille ou de la société en général ? Cette ambiguïté explique la place que les stages de développement personnel ont acquise. Bien quils utilisent des méthodes qui ne font pas lunanimité, ces stages se multiplient, car la définition donnée par le code du travail ne permet pas de les exclure. Des séminaires faisant appel à la programmation neuro-linguistique, à lanalyse transactionnelle, à la sophrologie, au yoga ou à la bioénergie sont financés par la formation professionnelle. Ces méthodes, destinées à dégager les réactions psychologiques susceptibles de favoriser lépanouissement de lindividu, permettraient aux intéressés de mieux se connaître, et par conséquent daméliorer leur comportement au travail : elles trouveraient donc leur place au sein de la formation professionnelle.
La Commission na pas lintention de prendre parti sur telle ou telle méthode. Ce nest dailleurs pas lobjet de ses travaux. Elle souhaite en revanche attirer lattention sur létendue des actions qui, à tort ou à raison, sont actuellement assimilées à des stages de la formation professionnelle. Elle y voit en effet, et les exemples qui seront examinés plus loin le montrent, une dérive particulièrement propice à la diffusion des pratiques sectaires.
· Labsence de contrôle à lentrée du marché de la formation professionnelle
Pour accéder au marché de la formation, il suffit de procéder à une déclaration préalable auprès du service régional de contrôle (SRC) de la formation professionnelle de la Direction régionale du travail, de lemploi et de la formation professionnelle. Prévue par larticle L. 920-4 du code du travail, cette déclaration est une simple formalité qui nimplique aucun contrôle de la part de ladministration, ni sur les compétences des personnes déclarées, ni sur le projet pédagogique des formations envisagées. Cette déclaration permet à lorganisme de formation, ou au formateur lorsque le déclarant est une personne physique, de disposer du numéro dimmatriculation exigé pour que les stages dispensés puissent être pris en charge par le dispositif de gestion paritaire.
Le SRC ne peut refuser dimmatriculer un organisme quen cas de condamnation pénale prononcée contre une personne chargée de le diriger ou de ladministrer. Au demeurant, la recherche déventuels antécédents pénaux nest pas systématique, mais laissée à lappréciation de ladministration. En tout état de cause, il sagit dun moyen de contrôle qui peut facilement être contourné par le recours à des dirigeants prête-noms.
Exempte de tout contrôle, limmatriculation néquivaut en aucune manière à un agrément. Mais, de fait, elle est utilisée comme tel, de nombreux organismes faisant passer dans leurs documents commerciaux leur numéro dimmatriculation pour un numéro dagrément.
Jusquen 1990, leffet de la déclaration nétait pas limité dans le temps, et tout organisme dûment déclaré conservait indéfiniment le bénéfice de son numéro dimmatriculation. La loi n°90-579 du 4 juillet 1990 a instauré un dispositif de radiation inséré au deuxième alinéa de larticle L. 920-4 du code du travail. Désormais, toute déclaration devient caduque lorsque lorganisme na eu aucune activité pendant deux années consécutives ou na pas adressé au SRC, pendant la même période, les bilans pédagogiques et financiers quil est tenu de déposer chaque année.
Les SRC notifient donc à des milliers dorganismes des décisions de caducité de leur numéro dimmatriculation. Ce dispositif a cependant une efficacité limitée : les formateurs peuvent toujours présenter une nouvelle demande dimmatriculation, et rien ne permet de sassurer quils ne continuent pas à utiliser un numéro devenu caduc.
Le laxisme qui régit laccès au marché de la formation professionnelle a abouti à une explosion du nombre des structures immatriculées qui constituent aujourdhui un ensemble très disparate. Au 31 décembre 1997, on recensait 58.933 organismes déclarés sur lesquels 42.780 étaient considérés comme ayant une activité réelle. Leur chiffre daffaires global était estimé à 36,7 milliards de francs, répartis de manière extrêmement dispersée puisque environ 600 organismes ont une activité supérieure à 10 millions de francs par an, 85% des structures se situant en dessous dun million de francs. La dispersion du marché saccompagne dune grande hétérogénéité des statuts : travailleurs indépendants, associations, sociétés, organismes consulaires ou structures relevant du secteur public. En outre, seul un quart des structures se consacre exclusivement à la formation, les autres exerçant à titre accessoire. Enfin, le " turn-over " reste très important : en moyenne, ladministration immatricule chaque année 10.000 nouveaux organismes et radie environ 5.000 structures, soit pour caducité, soit pour fin dactivité.
La croissance du nombre dorganismes de formation nest pas justifiée par les seuls besoins du marché. Elle est liée aux avantages offerts par leur statut et qui, indéniablement, exercent un effet dappel non négligeable. Limmatriculation saccompagne, on va le voir, dune attestation ouvrant droit à une exonération de TVA. Elle permet également aux organismes dutiliser des formateurs indépendants et de bénéficier ainsi dun allégement de charges sociales. Beaucoup de déclarations de personnes physiques ont pour but de présenter comme formateurs indépendants des intervenants qui, en fait, fournissent une prestation pour le compte dun organisme de formation.
Lexplosion du nombre dimmatriculations a incité, à deux reprises, le législateur à remplacer le système déclaratif actuellement en vigueur par un dispositif dagrément.
La loi n°90-579 du 4 juillet 1990 a mis en place une procédure de " labellisation " des formations financées par lEtat. Cette procédure inscrite à larticle L.941-1-1 du code du travail prévoit que lEtat ne financera que des projets ayant fait lobjet dune habilitation par le préfet de région après avis du comité régional de la formation professionnelle. Bien quil ne porte que sur les stages financés par lEtat, ce dispositif na jamais été appliqué, le décret nayant jamais été publié. À la suite des travaux de la commission denquête parlementaire sur la formation professionnelle et des recommandations contenues dans le rapport de M. Claude Goasguen, la loi n°95-116 du 4 février 1995 a prévu que, dans un délai de trois ans suivant la déclaration préalable, les personnes immatriculées doivent faire une demande dagrément auprès du préfet de région. Cet agrément inscrit au quatrième alinéa de larticle L.920-4 du code du travail a notamment pour but de contrôler la qualité de la formation dispensée. Cet article a suivi le même sort que lhabilitation instaurée en 1990 puisquil na reçu aucune application.
Léchec des tentatives dinstauration dun agrément sexplique par lampleur des difficultés matérielles que leur application soulève. Comme on va le voir, les services régionaux de contrôle nont pas les effectifs suffisants pour apprécier la qualité des formations dispensées par près de 59.000 personnes ou organismes déclarés. En outre, la mise en place dun tel agrément crée une régulation de lentrée sur un marché que certains jugent contraire au principe de la libre concurrence.
Limpossibilité dappliquer les procédures dagrément votées par le législateur laisse laccès au marché à labri de tout contrôle de la qualité des formations dispensées. Ce libéralisme que la Commission considère excessif nest pas étranger à linfluence que les sectes ont acquise dans ce domaine. De nombreux organismes de formation ont été immatriculés, et ont par conséquent accès aux sources de financement ouvertes par cette immatriculation, alors que les stages proposés ont pour objectif de diffuser des concepts et des méthodes sectaires, et restent très éloignés de lobjet de la formation professionnelle continue.
· Lautomaticité de lexonération de TVA
Labsence de formalité qui caractérise lentrée sur le marché de la formation professionnelle se retrouve dans lautomaticité qui préside aux décisions dexonération de TVA accordées aux organismes de formation.
Larticle 261 du code général des impôts exonère de TVA " les prestations de services et les livraisons de biens effectuées dans le cadre ( ) de la formation professionnelle continue assurée ( ) par des personnes de droit privé titulaires dune attestation délivrée par lautorité administrative compétente reconnaissant quelles remplissent les conditions fixées pour exercer leur activité dans le cadre de la formation professionnelle continue ".
Le retrait de lexonération de TVA est exercé dans les deux cas de figure prévus aux articles 202 C et 202 D de lannexe II du code général des impôts, à savoir la caducité de la déclaration préalable et lexercice ultérieur du droit de contrôle de ladministration fiscale.
Ce dispositif est appliqué de manière libérale par les services régionaux de contrôle de la formation professionnelle chargés de délivrer lattestation prévue. En effet, ces services nont pas les moyens de contrôler a priori que lactivité de chaque demandeur entre bien dans le cadre de la formation professionnelle, et font donc automatiquement droit aux demandes émanant des personnes ou organismes dûment immatriculés et à jour de leur obligation de dépôt de bilans pédagogiques et financiers.
De fait, le bénéfice de lexonération de TVA nest lié quà une formalité déclarative préalable. Pour quune personne morale ou physique puisse être exonérée de TVA, il lui suffit de se déclarer formateur ou organisme de formation. Octroyée en dehors de tout contrôle, lexonération sera appliquée automatiquement tant que la déclaration nest pas devenue caduque et tant que la personne ou lorganisme na pas fait lobjet dun contrôle fiscal démontrant que lactivité développée nentre pas dans le cadre de la formation professionnelle.
Exclusivement fondé sur des formalités déclaratives, le bénéfice de lexonération de TVA en matière de formation sacquiert avec une facilité déconcertante. Comme on va le voir, cette facilité bénéficie à plusieurs personnes liées à des organisations sectaires qui, sous couvert dune immatriculation auprès dun service régional de contrôle, développent des activités de prosélytisme très éloignées du cadre de la formation professionnelle, qui échappent à la TVA.
Lexonération de TVA peut représenter un avantage financier non négligeable pour les associations sectaires chargées dorganiser des stages et des séminaires, ou chargées de développer des activités de conseil. Ces structures réalisent en effet peu dinvestissements et sont par conséquent peu intéressées par la possibilité de récupérer la TVA quelles paient sur leurs achats.
· Des activités soumises à des obligations réduites et peu appliquées
Les organismes de formation sont soumis à des obligations comptables réduites. Le code du travail prévoit que les dispensateurs privés de formation établissent un bilan, un compte de résultat et une annexe (ce qui semble pour le moins normal sagissant dorganismes ayant une activité économique qui, au total, représente chaque année un chiffre daffaire supérieur à 36 milliards de francs), et quils doivent recourir aux services dun commissaire aux comptes au-dessus dun certain seuil dactivité. Leurs documents comptables doivent normalement être transmis chaque année aux services régionaux de contrôle accompagnés dun bilan pédagogique et financier retraçant notamment lemploi des sommes reçues au titre des conventions de formation. Lenvoi de ce bilan conditionne le maintien de limmatriculation de lorganisme puisque, comme on la vu, labsence de transmission peut déclencher la caducité de la déclaration. Les documents transmis ne constituent cependant pas des outils de contrôle de lactivité de lorganisme. Les informations quils contiennent ont une fonction statistique destinée à reconstituer, au niveau national, le chiffre daffaires global du secteur.
Les organismes de formation ne sont pas véritablement soumis à des obligations qui permettraient dassurer un suivi pédagogique et un contrôle de la qualité des stages dispensés. Le bilan annuel contient peu dinformations sur les méthodes utilisées. Si lensemble des organismes sont tenus détablir un règlement intérieur destiné à assurer le respect des règles dhygiène, de sécurité et de discipline, ainsi que la représentation de stagiaires, seuls les stages faisant lobjet dune convention avec lEtat entraînent la constitution dun conseil de perfectionnement consulté sur lorganisation et la mise en uvre des formations.
Le code du travail est plus précis dans la fixation des règles qui portent sur les relations entre lorganisme et son client. Les articles L.920-5-3 et L.920-6 établissent la liste des documents que le formateur est tenu de communiquer à lentreprise (programme, liste des intervenants mentionnant leurs titres ou qualités, modalités dorganisation de la formation, conditions financières). La Commission constate cependant quaucune information nest prévue sur les méthodes ou théories utilisées. Une réelle information peut pourtant savérer de la première importance quand un organisme utilise, sous la forme de franchise, une méthode mise au point par un tiers, comme dans le cas des stages créés par trois organisations sectaires très présentes sur le marché de la formation professionnelle, à savoir la Scientologie, Landmark et Avatar.
La loi du 24 février 1984 interdit par ailleurs aux formateurs dutiliser leur numéro dimmatriculation dans leurs documents publicitaires. Cette règle, destinée à empêcher que les organismes utilisent ce numéro comme un numéro dagrément, ne semble pas appliquée avec succès, la Commission ayant eu connaissance de nombreux exemples dinfractions commises par des organisations sectaires.
En outre, bien quils induisent directement ou indirectement un coût public, les prix des formations bénéficient dune liberté complète. De fait, la Commission a pu constater combien les tarifs peuvent diverger, et combien les prix pratiqués par certaines sectes semblent disproportionnés par rapport à la prestation effectivement fournie. Elle regrette que, sur ce point, ladministration ne puisse utiliser quune disposition juridique particulièrement difficile à mettre en uvre. Larticle L.920-10 du code du travail prévoit en effet que les services de la formation professionnelle peuvent refuser une prestation si son prix est excessif. Cependant, ce refus ne peut être exercé quà loccasion de contrôles qui, comme on va le voir, sont rarement diligentés. Il supposerait, pour être applicable, que ladministration établisse des barèmes fixant le coût normal de chaque type de stage, ce qui nest pas prévu.
Enfin, lexistence dun document contractuel conclu entre le formateur et son client nest obligatoire que lorsque ce dernier est une personne physique qui entreprend une formation à titre individuel et à ses frais. La convention prévue à larticle L.920-1 pour les stages pris en charge par le dispositif paritaire nest quune faculté.
On constate donc que lexercice des activités de formation reste soumis à des obligations soit formelles, soit difficiles à contrôler.
c) Un contrôle limité dans sa définition et dans ses moyens
Les articles L.991-1 et L.991-2 du code du travail définissent le champ dapplication du contrôle exercé par lEtat sur la formation professionnelle. Sont, en premier lieu, soumis au contrôle administratif et financier de lEtat les dépenses de formation exposées par les employeurs au titre de leur obligation de participation, ainsi que les activités conduites par les organismes paritaires agréés, les organismes de formation et les organismes chargés de réaliser des bilans de compétence. LEtat est également chargé de contrôler les conditions dexécution des actions de formation quil finance, afin de vérifier quelles sont assurées conformément aux stipulations des conventions conclues à cet effet.
Ainsi défini, le contrôle savère relativement limité. Sagissant de la vérification des conditions dexécution des actions de formation, lintervention de lEtat est réservée aux stages au financement duquel il participe, ce qui a pour effet dexclure de son contrôle les dépenses exclusivement financées par les collectivités locales. En outre, les formations entreprises par des personnes physiques à titre individuel et à leurs frais ne sont soumises quà un contrôle formel, limité à une vérification de lexistence dun contrat et de la conformité de ce dernier avec les dispositions de larticle L.920-13.
Le contrôle de lEtat porte sur les moyens financiers, techniques et pédagogiques, et sur leur adaptation aux objectifs visés par la formation ainsi que sur les modalités de suivi des stagiaires ou de validation des acquis. En revanche, le code du travail exclut explicitement toute vérification des qualités pédagogiques. Le contrôle est conçu de manière à permettre de vérifier limputabilité des dépenses engagées par les entreprises sur leur obligation de participation. Cette obligation est en effet remplie, chaque année, de manière déclarative, et le contrôle a pour but dapprécier la réalité de cette déclaration en vérifiant que le formateur est dûment déclaré, que le stage a bien eu lieu et que la prestation entre bien dans le cadre dune action de formation tel quil est défini à larticle L.900-2. Il sagit donc de contrôler la réalité de lexécution dune prestation, y compris dans les moyens pédagogiques mis en uvre, et non den vérifier la qualité.
Les vérifications peuvent se traduire par le rejet des dépenses en cause. Linexécution dune convention entraîne le remboursement par le formateur des frais qui nont pas été engagés, et, en cas de manuvres frauduleuses, le versement dune somme dun montant égal au Trésor public. Si le contrôle a démontré que les dépenses ne peuvent, par leur nature, être rattachées à lexécution dune convention ou que les prix pratiqués sont excessifs, le formateur est tenu de verser au Trésor public une somme équivalente, recouvrée selon les mêmes modalités que celles applicables en matière de taxes sur le chiffre daffaires. En outre, en cas de mauvaise foi ou de manuvres frauduleuses, les sanctions pénales prévues par le code général des impôts sont applicables. En revanche, le code du travail ne précise pas les conséquences des contrôles sur la déclaration de lorganisme et le rejet des dépenses na donc aucun effet automatique sur limmatriculation du formateur. On pourrait pourtant concevoir que la démonstration de linexécution dune convention ou lexécution de prestations extérieures au cadre de la formation professionnelle entraînent le retrait du numéro dimmatriculation des organismes responsables.
Défini de manière prudente, le contrôle de lEtat sur la formation professionnelle est surtout considérablement limité dans ses moyens. Pour assurer le suivi administratif et le contrôle des quelques 59.000 organismes déclarés, les services régionaux de contrôle ne disposent que de 140 inspecteurs ou contrôleurs auxquels il faut ajouter les douze agents en poste au sein du groupe national de contrôle. Compte tenu de lélargissement récent des missions des SRC, notamment en matière de taxe dapprentissage, on estime quune centaine dagents peuvent se consacrer au contrôle et que, globalement, environ 700 organismes sont vérifiés chaque année. A ce rythme, sauf à relever considérablement les effectifs des SRC, chaque organisme est contrôlé tous les 84 ans
Linsuffisance manifeste des moyens de contrôle mise en évidence à plusieurs reprises notamment par le rapport de la Commission denquête de 1994, est dautant plus préjudiciable que, lentrée sur le marché reposant sur un dispositif déclaratif très libéral, la qualité des stages dépend de lefficacité et de la diligence des SRC. Labsence de véritable mobilisation de lEtat sur ce point nest pas étrangère à limportance de linfluence que les sectes ont acquise dans ce secteur.
d) Un marché investi par plusieurs organisations sectaires
· Des organismes nombreux et parfois importants par leur chiffre daffaires
Plusieurs dizaines dorganismes de formation professionnelle liés à des mouvements sectaires ont été portées à la connaissance de la Commission. Dans certains cas, lassociation qui constitue la structure centrale de la secte peut simmatriculer auprès dun SRC et développer directement des activités de formation. Le plus souvent, les sectes créent des structures particulières, dédiées à la formation professionnelle, qui peuvent prendre des statuts juridiques divers.
Il est également fréquent que des adeptes créent leur propre organisme ou simmatriculent eux-mêmes en qualité de personne physique pour appliquer la méthode mise au point par la secte moyennant parfois le versement à la structure mère des droits dauteur correspondants, selon les systèmes de franchise décrits plus haut. Lexistence de franchises peut aboutir au détournement de sources de financement public au profit de structures mères sectaires. Les stages franchisés peuvent être en effet financés à partir de fonds dorigine publique.
Les exemples qui vont être examinés ne donnent quun aperçu de linfluence que les sectes ont acquise dans ce secteur. En effet, lextrême éparpillement des structures et le caractère le plus souvent occulté du lien sectaire ne permettent pas davoir une vision exhaustive du problème. En outre, il existe des organismes, par définition très difficiles à repérer, qui ne sont pas déclarés, soit quils exercent en toute illégalité, soit quils se cantonnent à des stages individuels qui ne requièrent pas obligatoirement une déclaration préalable du formateur. Les archives des SRC font disparaître les dossiers des organismes qui sont caducs depuis plus de cinq ans, ce qui interdit de reconstituer toutes les structures créées. Cette limite présente un inconvénient évident dans le cas de la présente enquête, les sectes ayant une propension à multiplier les organismes et à changer fréquemment leur dénomination sociale. Lorganisation territoriale de ladministration de la formation professionnelle, fondée sur la compétence régionale des SRC, ne permet pas de disposer dun fichier national des organismes de formation et se heurte par conséquent à la grande mobilité géographique des formateurs. Un organisme localisé dans telle région pour un stage organisé à une date donnée peut ne plus apparaître dans le fichier du SRC territorialement compétent, sil a depuis déménagé ou décidé de simmatriculer dans une autre région. Enfin, il ne faut pas oublier que les renseignements communiqués à la Commission, et notamment les montants de chiffres daffaires, nont quune origine déclarative, et, sauf dans les rares cas de contrôle, ne reflètent que ce que les organismes ont bien voulu porter à la connaissance de ladministration.
Cest pourquoi la Commission, sans prétendre à lexhaustivité étant donné labondance de la matière, a souhaité citer ci-après quelques cas précis significatifs.
· Les sectes les plus actives sur le marché de la formation professionnelle
-- La Scientologie
La Scientologie est certainement la secte la plus influente dans le domaine de la formation professionnelle. Il existe de nombreux exemples dorganismes créés par des scientologues afin de mettre en application les théories et les méthodes de Ron Hubbard à travers des stages qui sadressent aux salariés dentreprises plus ou moins importantes. La secte voit dans la diffusion de ces méthodes un moyen dasseoir son influence au sein du monde économique. La référence à la Scientologie napparaît pas toujours clairement de prime abord, et nombreuses sont les entreprises qui se sont laissées séduire par le savoir-faire commercial des scientologues.
Les activités de M. Gilles Vallet, constituent un bon exemple de réseau dentreprises scientologues. Ce polytechnicien est actuellement gérant de deux sociétés de conseil (Highware SARL au capital de 500.000 francs, implantée à Toulouse, et Highware à Paris, SARL au capital de 50.000 francs) et dune société civile immobilière ayant une activité de marchand de biens (la SCI FORT domiciliée à Paris). Il est également président du conseil dadministration de Highware Productions SA, filiale de Highware SARL, spécialisée dans la gestion de projets dingénierie et dinformatique. Highware SARL était par ailleurs propriétaire de 150 parts sociales de BGP Consultants, SARL spécialisée dans la formation à lutilisation de logiciels de gestion de projets, parts quelle a revendues le 17 juillet 1997 pour 17.000 francs. Toutes les sociétés anonymes qui viennent dêtre mentionnées ont été déclarées comme organismes de formation, et continuent à bénéficier de leur immatriculation, à lexception de Highware SARL qui a déclaré, au début de 1997, avoir cessé ses activités de formateur. Pour 1996, elle a pourtant déclaré un " chiffre daffaires formation " () important (666.764 francs).
Les activités de formation dispensées par dautres sociétés liées à la Scientologie peuvent atteindre des montants conséquents. La Commission a eu connaissance de deux sociétés dont la déclaration est aujourdhui caduque bien que leur chiffre daffaires dépassait au début des années 1990 le million de francs. Cinq organismes ont déclaré au titre des deux derniers exercices disponibles (1996 et 1997) des chiffres daffaires non négligeables, et semblent avoir une activité récente et particulièrement florissante. Il sagit des structures suivantes : Flying Trapèze (2,6 millions), Stratégique (3,5 millions), le Comptoir des langues anciennement dénommé Cybèle Langues (16,4 millions) et Présence 7 Informatique (22,7 millions). Limportance des montants déclarés doit être analysée en tenant compte du fait que la formation peut nêtre quune activité annexe des sociétés concernées par ailleurs spécialisées, par exemple, dans le service informatique ou le conseil aux entreprises, et que leur chiffre daffaires global peut donc être bien supérieur.
Dautres scientologues ont créé au cours des dix dernières années leur propre organisme, et bénéficié dun numéro dimmatriculation aujourdhui caduc, aucune activité nayant été déclarée au titre des deux derniers exercices. La Commission a notamment pu vérifier la déclaration du cabinet de conseil créé à Paris par M. Emmanuel de Brie, de la société Claryus dirigée par M. Michel Lollichon et de la société Leaders constituée par une autre scientologue, Mme Muriel Ebel, actionnaire dans dautres sociétés commerciales aux côtés de son mari, M. Tristan Ebel.
On notera que, selon la technique bien connue, les pistes sont souvent brouillées auprès des entreprises clientes par des changements de dénomination sociale : des organismes devenus caducs pour absence dactivité sont remplacés par de nouvelles structures qui restent en fait aux mains des mêmes personnes adeptes de la secte.
Ainsi, MM. Jean-Marc et Dominique Dambrin, scientologues notoires, ont constitué plusieurs organismes quils ont immatriculés auprès du SRC dIle-de-France. Deux sociétés (Efficom et SNC Dambrin) ont eu une activité au début des années 1990, la seconde déclarant des recettes de 490.000 francs pour 1996, mais semblent avoir depuis disparu du marché. Les frères Dambrin exercent aujourdhui leurs activités de formateurs à travers deux organismes : Jean-Marc Dambrin Conseil et Cohérence.
M. Guy Bergeaud est un autre membre de la Scientologie qui a défrayé la chronique lorsque, directeur des ventes à VAG France, on lui a reproché davoir choisi un organisme scientologue pour la formation de ses collaborateurs. Après avoir dirigé la filiale de Renault en Angleterre, il a fondé deux sociétés immatriculées auprès du SRC dIle-de--France : Management Learning System pour laquelle il a déclaré un chiffre daffaires de 540.000 francs au titre de 1994, puis Business Dynamic qui semble avoir une activité importante, le montant de 3.115.576 francs ayant été déclaré pour 1996.
Les tentatives dinfiltration de la Scientologie ne sont cependant pas toujours couronnées de succès, comme le démontrent les péripéties quont connues les sociétés SOFIAC et Unicoolait.
La société Diace Conseil a été déclarée au SRC dIle-de-France par son dirigeant, M. Guy Cassan. Les activités de formation dispensées en 1991 par cet organisme au sein dun établissement de la société SOFIAC implanté en Normandie ont fait lobjet dun contentieux devant les tribunaux. La direction de la SOFIAC a accusé M. Cassan deffectuer du démarchage au profit de la Scientologie. Le Tribunal correctionnel de Paris a estimé en 1993 que le prosélytisme était avéré, le formateur ayant proposé la vente des écrits de Ron Hubbard et invité des stagiaires à se soumettre au test scientologue. Cette décision a été confirmée en appel, et Diace Conseil a été condamnée à rembourser à la SOFIAC le coût de la formation.
Une autre société de formation scientologue a été mêlée à une affaire de licenciement abusif. Il sagit de Ciborg, à lépoque dirigée par un membre de la secte, M. Eric Ianna, et déclarée auprès du SRC dIle-de-France. Cette société a dispensé en 1991 une formation au sein dune coopérative laitière implantée en Moselle, la société Unicoolait, au terme de laquelle un salarié a été licencié pour faute grave pour avoir mis sur la place publique les liens entre Ciborg et la Scientologie. En 1992, le Conseil des prudhommes a estimé que ce lien était suffisamment établi pour déclarer le licenciement dénué de cause réelle et sérieuse.
Autre exemple : en 1993, un salarié de la direction de Paris Est de la SNCF a demandé le bénéfice dun congé individuel de formation pour suivre un stage auprès dAframeurop, organisme de formation immatriculé à Paris. Il sagissait dun stage de développement personnel de deux ans à raison de 12 heures hebdomadaires sur 75 semaines, soit 900 heures au total, pour un coût de 129.274 francs. Ce stage a été accepté par lAGECIF SNCF. La plaquette de lorganisme ne mentionnait aucune référence à une méthode particulière. Elle indiquait simplement permettre au stagiaire de " dominer ses réactions émotionnelles, retrouver son potentiel vital et sa joie de vivre ", en utilisant " une méthode générale cognitive appliquée aux mécanismes de la communication ( ) le participant vérifiant par lui-même les différents flux dans la communication et par applications successives découvrira lagencement de ces flux et leur organisation ". Par ailleurs, le même organisme proposait au salarié de suivre au cours de ses congés un autre stage dun coût de 8.000 francs destiné à " soulager toutes les douleurs ". Lors de ses contacts avec Aframeurop, ce salarié sest rendu compte, avant de sengager définitivement, quil sagissait dune émanation de la Scientologie.
En sens inverse, on relèvera la mésaventure dune ANPE qui, en 1994, avait retenu la société Quest consulting pour procéder à des évaluations de demandeurs demplois. Cette société immatriculée en Ile-de-France bénéficie toujours dun numéro dimmatriculation valide.
-- Landmark Education International
Landmark est une secte que certains considèrent comme une dissidence de la Scientologie, spécialisée dans la formation. Elle sappuie sur des cours conçus par un Américain, Werner Erhard, qui, dans les années 1960, a conçu les premiers stages de développement personnel. Elle propose un parcours en plusieurs étapes, le stagiaire commençant par suivre un stage intitulé le Forum, puis un cours avancé et une session baptisée " expression de soi et leadership ". Mis au point par Erhrard, le Forum est vendu sous forme de licence aux initiés par lintermédiaire de la société de droit étranger, Landmark education international (LEI). Le Forum est en effet une marque déposée aux Etats-Unis dont lutilisation exclusive en France est attribuée à LEI.
Cette société est immatriculée au SRC dIle-de-France. Sa déclaration est aujourdhui caduque. Elle reste gérée par M. Alain Roth et Mme Irène Johnson, le premier étant lui-même immatriculé comme formateur.
Les premiers stages ont lieu dans les salons dhôtels parisiens, et peuvent se poursuivre aux Etats-Unis. Les méthodes employées révèlent des techniques psychologiques autoritaires et intensives, les pratiques utilisées étant plus proches de la confession publique que du stage de formation. Les sessions se poursuivent tard en soirée, moyennant des pauses rares et un seul repas. Les stagiaires sont sollicités pour travailler bénévolement à lorganisation des formations. Linscription aux sessions ultérieures seffectue à lissue de chaque stage, selon une pratique commerciale bien connue des sectes et notamment de la Scientologie qui consiste à obtenir, au moyen de ristournes habilement mises en avant, lengagement des stagiaires sans leur laisser la possibilité de réfléchir.
Un séminaire de trois jours coûte 2.300 francs. Il regroupe entre 80 et 250 personnes. Le gain net tiré dune session peut donc représenter plus de 500.000 francs. Les frais de formation semblent peu importants : une seule personne intervient au cours du stage dont lorganisation matérielle est souvent assurée de manière bénévole. Pour autant, la société Landmark education international ne semble pas déclarer au SRC un chiffre daffaires formation à la hauteur de ses tarifs : elle a par exemple déclaré 228.591 francs au titre de 1996.
Landmark a eu pour principal client la société IBM-France au sein de laquelle elle a organisé, à partir de 1992, plusieurs sessions de formation qui ont déclenché au sein du groupe une vaste polémique, et seraient à lorigine du suicide dun des salariés. La secte aurait été introduite dans IBM-France par lintermédiaire dun club de réflexion intitulé le Forum des rives de Seine -- Club Toast masters. Créé et financé par le comité dentreprise de la société, ce club sadresse à ses cadres en dehors des heures de travail. Il est animé par un ingénieur qui aurait fait du démarchage auprès des adhérents en faveur de Landmark. Les méthodes de la secte ont suscité une réaction de la direction dIBM qui a dénoncé les dangers des techniques employées, et a mis en évidence les risques de prosélytisme.
M. Roth sest imposé au sein dIBM de deux manières. Il est tout dabord intervenu en 1991 lors dun séminaire intitulé " Leader pour réussir ", animé en majeure partie en interne, mais pour lequel le groupe faisait appel à des intervenants extérieurs. Parallèlement, de mi-1991 au début de 1993, il a dispensé " le Forum " à seize salariés dans le cadre dun programme intitulé " participation aux frais détudes " qui consistait à financer à 75 ou 100 % dans un plafond de 2000 francs les demandes de formation individuelle présentées par le personnel. Alertée par plusieurs stagiaires, la direction a décidé dy mettre fin le 30 mars 1993. Cette décision a dailleurs provoqué des protestations véhémentes de plusieurs salariés. La direction reste convaincue que le Forum a continué à être dispensé au sein dIBM après le 30 mars 1993 par le canal dinitiatives personnelles. Il semble que ce soit la branche " banque " du groupe qui ait été la plus touchée.
Pour faire face à cette tentative dinfiltration, la Direction générale dIBM a décidé de centraliser les décisions en matière de formation professionnelle et dinternaliser les prestations réalisées dans ce domaine.
-- La méthode Avatar
Conçue par laméricain Harry Palmer, Avatar est une méthode de développement personnel destinée à apprendre à connaître et à modifier les " programmes " qui déterminent les réactions de chacun. Déclinée en plusieurs cours, cette méthode est franchisée : les " masters ", cest-à-dire les initiés au stage Avatar, reçoivent une licence leur permettant denseigner. Cette franchise déclenche le versement de droits prélevés sur le produit des formations au bénéfice de la société Stars edge international qui constitue le centre de la secte.
Lassociation Otium est une des structures françaises utilisant la méthode Avatar. Implantée en Gironde où elle est immatriculée comme organisme de formation, Otium était jusquà une date récente dirigée par Mme Carole Hannequin, ancien cadre dEDF, " master " et représentante de Stars edge pour ce département, elle-même déclarée comme formateur auprès du SRC. Cette association dispense deux prestations. La première intitulée " objectif but " se déroule sur deux jours et a pour objet de permettre aux participants " de se reconnecter avec la source intarissable de vitalité de courage et dénergie ( ) de trouver des aides et des soutiens ( ) pour favoriser leurs réalisations ( ) et, se sachant engagés sur un chemin qui a du cur, dêtre plus tranquilles, plus efficaces et plus heureux ". Le deuxième stage dure dix jours et il est destiné à permettre aux stagiaires " à travers lexploration et la transformation de leur représentation du monde et deux-mêmes " de conduire plus efficacement leur vie. Ces cours sont facturés 18.000 francs. Ils sadressent en général à des salariés, sont imputés sur le plan de formation de lentreprise et font systématiquement lobjet dune convention conclue entre lemployeur et Otium. EDF et la société Thomson CSF figurent parmi les clients dOtium. Lassociation a déclaré à la Commission avoir cessé toute activité depuis mars 1996.
Stars edge était représentée dans la région Languedoc-Roussillon par le Centre dépanouissement personnel (CEDEPE). Aujourdhui en liquidation judiciaire, cette société immatriculée comme organisme de formation a été choisie par lANPE de Céret pour assurer des stages destinés à des chômeurs, et notamment des accompagnements personnalisés pour lemploi ou des sessions de techniques de recherche demploi. Elle a également signé des conventions avec la direction départementale du travail et de lemploi des Pyrénées-orientales pour dispenser plusieurs stages dinsertion et de formation à lemploi. Les méthodes utilisés par le CEDEPE ont été dénoncées par les stagiaires qui ont critiqué le contenu pédagogique du programme. Ces formations réalisées en 1994 et 1995 ont été financées par les organismes publics concernés moyennant un coût total de 2.013.449 francs. Il sagit là, on le voit, dun exemple de financement public massif dune méthode de formation sectaire. Une partie des recettes étant reversée à Stars edge, cest également un exemple de financement public de la structure mère dune secte internationale.
La centrale EDF de Bugey dans lAin a également été victime dAvatar par lintermédiaire de son représentant local, M. Alain Coudeyras, dirigeant de la société CPV conseil. Cette société inscrite au SRC a dispensé en 1992 le séminaire auprès de salariés de cette centrale qui ont dénoncé le stage comme un lavage de cerveau. Quelques années plus tard, on retrouvera des encarts publicitaires dans des journaux locaux annonçant lorganisation par M. Coudeyras, de stages dhypnose, sophrologie, relaxation, etc.
Lattention de la Commission a également été attirée sur les activités du centre Synthésis dirigé par Mme Claire Deleve, master Avatar, et immatriculé dans le Nord-Pas-de-Calais.
-- Au cur de la communication
Au cur de la communication (ACC) est une organisation, non répertoriée dans le rapport de la précédente commission denquête, qui sest développée en dispensant des formations, montrant ainsi limportance que revêt ce secteur dans lexpansion du phénomène sectaire. Elle a attiré lattention de la Commission denquête du Parlement belge.
ACC a été fondée par Mme Claire Nuer, récemment décédée, qui prétendait avoir été guérie dun glaucome par la méthode dun cancérologue américain, le docteur Simonton. Mme Nuer avait créé en 1989 une association " Clarté et confusion ", rebaptisée en 1991 " Au cur de la communication ", afin de développer des actions de prévention et de développement personnel. Lassociation organise des conférences, des séminaires et des formations, notamment auprès de médecins et de professionnels de la santé. Immatriculée comme organisme de formation depuis 1990, elle est dirigée depuis 1991 par Mme Dominique Maillard, lépoux de Claire Nuer, M. Samy Cohen, étant désigné comme responsable sur les bilans pédagogiques et financiers adressés au SRC dIle-de-France. ACC bénéficie dune exonération de TVA depuis 1992. Elle na cependant déclaré aucune activité depuis 1997.
Lassociation a expérimenté ses méthodes au sein de la société Essor dont M. Samy Cohen est le directeur général. Cette société implantée à Villeneuve la Garenne est spécialisé dans la production de verres optiques. Plusieurs séminaires animés par Mme Claire Nuer ont été suivis par des salariés dEssor, en France et à létranger. Ils utilisaient les techniques de développement personnel pour inciter les stagiaires à procéder à une véritable confession publique. Ces formations ont provoqué un litige entre les salariés et la direction dEssor. Le refus de suivre les stages, opposé par plusieurs cadres, aurait provoqué le licenciement de ces derniers. Ce litige a été jugé suffisamment important pour que le Groupe national de contrôle de la formation professionnelle demande une enquête au SRC dIle-de-France.
-- La méthode Silva
La méthode Silva a été conçue par un Américain dénommé José Silva. Fondée sur une comparaison des réactions du cerveau humain entre létat de veille et létat de sommeil, elle a pour objet de permettre une plus grande utilisation des capacités mentales.
Cette méthode est appliquée par des instructeurs moyennant une licence dexploitation qui entraîne le versement de droits représentant entre 10 et 25 % du produit des stages. Ces droits sont versés aux responsables locaux qui en reversent eux-mêmes une partie à la structure mère installée aux Etats-Unis.
La méthode Silva dispose en France dun réseau national parfaitement organisé. Le programme pour 1998 fait apparaître 25 villes où des stages sont dispensés. Chaque ville dispose dun instructeur. M. Edouard Philippe, instructeur dans plusieurs villes du sud-est, est présenté comme le principal dirigeant. Il est inscrit auprès du SRC de la région PACA, dispense ainsi lui-même des formations, et reverse 10 % de ses gains à la société américaine dépositaire de la méthode. Il a également formé dautres personnes qui, immatriculées à leur tour, diffusent les techniques de la secte dans dautres régions sous un statut de profession libérale.
Organisés la plupart du temps dans des hôtels, les stages sont généralement facturés 2.500 francs pour les personnes inscrites à titre individuel. Des séminaires destinés à des enfants de 7 à 14 ans sont également prévus, au prix de 1.000 francs par enfant.
Cest au tarif de 2.500 francs que, par exemple, M. Edouard Philippe a formé, en 1996, 192 stagiaires dont 180 étaient des particuliers issus du milieu enseignant ou des professions libérales exerçant dans le secteur du droit ou de la santé, et dont 8 étaient inscrits à linitiative de leur entreprise pour un prix global de 44.000 francs, soit 5.500 francs par stagiaire. Les stages avaient lieu le week-end ou en dehors des horaires de travail. Une seule formation a été organisée pendant les heures de travail : il sagit dune session destinée à des agents du Secrétariat dEtat aux anciens combattants.
Le stage de contrôle mental comprend deux modules. Le premier, intitulé " maîtrise de lesprit et gestion du stress ", est un tronc commun exposant les " techniques de relaxation dynamique (écran mental, miroir de lesprit ) et de mémorisation-concentration " destinées à éliminer les conséquences du stress, améliorer les capacités professionnelles et développer son capital santé. Il est suivi dun module spécifique qui peut sadresser à tout public comme le cours intitulé " maîtrise de lesprit et optimisation professionnelle ", ou être réservé à certains stagiaires comme " maîtrise de lesprit de santé " spécialement conçu en direction des professionnels de la santé. Le module " maîtrise de lesprit et optimisation professionnelle " consiste à acquérir le contrôle de ses rythmes cérébraux afin daccroître ses moyens dans la gestion dune équipe ou lutilisation des techniques de vente. Le module relatif aux métiers de la santé permet de détecter et de traiter les " pathologies " afin de contrôler le réveil, les rêves et la douleur.
Dûment immatriculé auprès du SRC de la région PACA, M. Edouard Philippe a obtenu des services fiscaux une exonération de TVA, ses activités étant considérées comme relevant de la formation professionnelle.
-- Innergy
Innergy est une secte fondée aux Etats- Unis par Roger Delano Hinkins. Décrite comme la " science secrète du voyage de lâme ", ce mouvement a mis au point un séminaire, dénommé Insight training seminar, destiné à guider les gens dans leur vie quotidienne afin de " créer plus damour, de joie et de bonheur ", notamment en donnant la clé de la félicité qui est enfoui en chacun.
Lancé aux Etats-Unis à la fin des années 1970, lInsight training seminar est enseigné en France quelques années plus tard, la maison mère ayant décidé dy attribuer des licences dexploitation qui fixent à 10 % le taux de reversement du produit des stages.
Plusieurs personnes implantées en Ile-de-France ou en PACA ont enseigné le séminaire dans le cadre de la formation professionnelle. La presse sest fait lécho de stages organisés pour la RATP, EDF ou IBM et dun contrat signé avec lassociation de lutte contre le Sida, AIDES.
La Commission a eu connaissance dune association, Phylaë SDP, dépositaire dune licence dexploitation de lInsight training seminar et immatriculée comme organisme de formation auprès du SRC de la région PACA. Dirigée par Mme Patricia Malissart, cette association na pas déclaré dactivité au cours des deux derniers exercices, et son numéro dimmatriculation a été déclaré caduc.
Les stages organisés par Phylaë SDP proposent des " expériences éducationnelles qui éveillent les participants à la sagesse de leur cur ", en couvrant des " aspects fondamentaux de la relation à soi et aux autres ". Ils mettent les participants dans des situations proches de la vie quotidienne notamment par des exercices de " relaxation et dimagination guidée ". Ces stages dune durée de 8 heures étaient facturés, en 1996, 4.560 francs par personne. Ils ont été financés par plusieurs entreprises qui les ont imputés sur leur contribution à la formation professionnelle.
· Les sectes reconverties dans la formation professionnelle
Plusieurs mouvements sectaires, connus pour des pratiques extérieures au monde de lentreprise, se sont reconvertis dans la formation professionnelle.
Anthropos fait partie des sectes répertoriées parmi les mouvements issus du Nouvel-âge. Fondée sur le holisme, cest-à-dire sur une conception épistémologique qui relie chaque énoncé scientifique au domaine dans lequel il voit le jour, cette secte cherche à " développer lhomme dans son corps et dans son esprit ". Créée par Bernard Alexandre, Anthropos a trouvé un débouché dans la formation par la conception dun séminaire dactivation mentale mélangeant des techniques sophrologiques et de la programmation neuro-linguistique. Ce stage a été introduit sur le marché par plusieurs organismes immatriculés auprès de ladministration de la formation professionnelle. Il est actuellement proposé aux entreprises par le Centre Michel Odoul, du nom du successeur de Bernard Alexandre décédé en 1996, qui a déclaré régulièrement son activité au SRC dIle-de-France, et semble constituer la structure la plus active.
LInstitut des sciences holistiques de lOuest appartient à la même mouvance. Fondée dans la région de Nantes, cette secte a connu une expansion importante à partir du début des années 1980 avec la création de plusieurs structures de vente de produits diététiques, ésotériques ou biologiques. Elle sest plus récemment investie sur le marché de la formation professionnelle, ses deux dirigeants, MM. Jean-Pierre Le Gouguec et Gilles Pagé sétant immatriculés auprès du SRC de Bretagne comme formateurs individuels. A ce titre, ils ont dispensé, sous le couvert de leur numéro dimmatriculation, des stages intitulés " soins du corps énergétique " destinés à former des thérapeutes capables dappliquer les techniques de la secte et de traiter ses thèmes favoris, comme le reiki, le karma et la réincarnation, la cristallo-thérapie ou les élixirs floraux. Dune durée totale de 130 heures réparties sur une ou deux années, ces stages ont été suivis par des personnes à titre individuel et à leurs frais. Une autre convention de formation fait état dune prestation intitulée " psychologie holistique " qui se déroule sur trois ans afin dinitier des psychothérapeutes spécialisés dans les relations humaines et les phénomènes démergence spirituelle. Le produit annuel tiré de ces formations, tel quil ressort des déclarations faites par les deux formateurs, se situe selon lexercice entre 354.237 et 664.162 francs par an et par personne. On notera également quune attestation justifiant lexonération de TVA a été fournie aux deux formateurs.
Mme Claude Bardin a fondé Vital Harmony au château de Vaux dans le Loiret afin de créer un centre spirituel de guérison appliquant les préceptes quelle a appris dans lashram de Saï Baba en Inde. Ce centre est devenu un important complexe proposant des cures et des séjours de remise en forme physique et de ressourcement spirituel. La Commission a eu connaissance de deux organismes de formation professionnelle liés à cette secte : Excellence international, en activité dans le Nord-Pas-de-Calais et qui a fait lobjet de plusieurs plaintes émanant dentreprises ; et Agorh conseil SARL, immatriculée dans la région centre.
Vital Harmony est surtout présente sur le marché de la formation professionnelle à travers M. Jacques Michel Sordes, proche de Mme Claude Bardin, mêlé à plusieurs affaires descroquerie en tout genre portées devant les tribunaux et dont le cabinet a été enregistré à Paris comme organisme de formation. Cette immatriculation a permis à M. Sordes de proposer des cures anti-stress ou damaigrissement, chèrement payées et assorties de la vente de produits nutritionnels. Le " formateur " a même tenté de mettre en place un réseau dinstructeurs sous licence.
M. Sordes exerce actuellement dans le centre " Jacques M. Sordes- Forme autrement " à Tonneins, dans le Lot-et-Garonne, où il propose, en sa qualité de formateur, différentes prestations, comme le stage Exsanli (excellence sans limite) dune durée de 7 sept jours vendu pour 7.700 francs, ou des cures de " physio-neuro-énergie " (PNE) de 8 jours coûtant 14.285 francs. Les documents publicitaires précisent les méthodes utilisées pour ces cures, et citent notamment le recours à des " outils de détoxination que sont le jeûne, une diète végétarienne, une mono-diète, des irrigations côloniques, des bains bouillonnants à lozone, des séances de sudation ". Un séjour " ressourcement " à Tonneins comprend des séances de méditation, des marches collectives ou des excursions, et, éventuellement, des " soins " (drainage lymphatique, pressothérapie, cryothérapie ), suivis dun " partage du vécu de la journée ", la soirée pouvant être consacrée à des entretiens privés avec lun des responsables du centre, et le tout étant entrecoupé de repas constitués dun bouillon de légumes, la diète étant une des composantes essentielles de la PNE.
Cette " arnaque " est vendue à laide dun bordereau dinscription sur lequel, en en-tête, figure la mention " Jacques M. Sordes ( ) Organisme de formation déclaré à Paris sous le n° 11-75-181134-75 ". Les prestations dispensées par M. Sordes ont en outre une forte connotation paramédicale : même sil indique avec prudence que sa méthode ne soigne pas les maladies, il prétend que les cures permettent " une meilleure efficacité du système immunitaire face aux agressions microbiennes et virales " et " une meilleure et plus rapide récupération post-opératoire ". En outre, plusieurs produits sont proposés pour accompagner les cures : en dehors des traditionnels livres, cassettes et films vendus entre 150 et 2.400 francs et intitulés, entre autres exemples, " créez votre sanctuaire intérieur " ou " largent et vivre labondance ", on trouve des compléments alimentaires (" chlorella ", " creen basic ", " test Ph urinaire " ou " plaques pôle énergie ") proposés entre 48 et 950 francs.
Les sectes guérisseuses se reconvertissent volontiers dans la formation professionnelle. Fondatrice du mouvement intitulé " Energie et création ", Mme Marie-France OLeary prétend disposer de dons de guérisseuse et de magnétiseuse. Elle a créé dans la Nièvre lentreprise " Energie et créativité ", rebaptisée récemment " Mon corps parle ", quelle a immatriculée auprès du SRC de la région Bourgogne. Grâce à cette immatriculation, elle exerce ses activité de " formatrice " auprès de particuliers pour des montants non négligeables (329.740 francs en 1998) pour lesquels elle bénéficie de lexonération de TVA. On peut sinterroger sur le degré de rattachement de ses activités à la formation professionnelle. Dans la bilan pédagogique de 1998, on lit en effet les intitulés de stage suivants : " créer : les mot et limage ", " je rêve et je réalise mon rêve ", " mon corps parle ", " le magnétisme "
Le Corps miroir est une autre secte appartenant à la mouvance Nouvel-âge guérisseuse qui considère quil faut aller chercher la guérison dans sa propre conscience. Pour guérir, il faut en effet changer sa manière dêtre et sa conscience en faisant appel aux membres de la secte, seuls détenteurs des énergies nécessaires. Plusieurs structures ont été créées en France pour diffuser les méthodes du Corps miroir, et notamment lassociation " Système corps miroir ", remplacée par " Savoir changer maintenant " et immatriculée comme organisme de formation auprès du SRC de la région PACA. Cette dernière structure, gérée par Mme France Scaltritti, a déclaré avoir disposé en 1996 dun produit de 96.800 francs tirés de recettes émanant de la formation professionnelle.
Lassociation " Savoir changer maintenant " a formé plusieurs instructeurs, notamment une personne dénommée Xanalt Lichy, enregistrée comme formateur individuel en Ile-de-France. Ce formateur apparaît dans une plaquette commerciale comme lorganisateur dun stage dispensé par la société Kevala. Il sagit dune SARL ayant pour objet la conception, la fabrication et le négoce de produits diététiques, minéralogiques et cosmétologiques qui, dûment enregistrée au SRC de la région PACA, sest spécialisée dans langélisme. Sous couvert de son numéro dimmatriculation auprès de ladministration de la formation professionnelle, numéro quelle présente comme un agrément, elle organise des stages de communication avec les anges, facturés 17.200 francs par personne hors hébergement. Les 152 stagiaires figurant au bilan pédagogique et financier viennent de France, de Suisse et du Canada. Kevala a déclaré en 1997 un chiffre daffaires de 2.137.000 francs dont 890.000 francs apparaissent au bilan pédagogique et financier au titre de lactivité de formation. Cette société qui prétend communiquer avec les anges na pas, pour autant, renoncé à demander, et à obtenir de ladministration fiscale une exonération de TVA. Son immatriculation au registre du SRC a été considérée comme une preuve suffisante de son appartenance au champ de la formation professionnelle.
· Les sectes ayant une activité de formation annexe
Plusieurs sectes, parfois importantes par le nombre de leurs adeptes ou leur poids financier, et souvent connues du grand public pour leur prosélytisme exercé à lextérieur de lentreprise, ont décidé de créer des organismes de formation. Il sagit dune branche dactivité particulière, parfois située au sein dune organisation aux ramifications complexes et pluri-sectorielles, destinée à asseoir linfluence de la secte dans la sphère économique.
Très active dans le secteur de léducation, lAnthroposophie a logiquement constitué des organismes de formation, et notamment le Foyer Michaël, centre pour adultes spécialisé dans le développement personnel, qui a déclaré avoir atteint un chiffre daffaires de 551.576 francs pour lexercice 1997-1998, dont une partie a été financée par un FONGECIF et par lEtat. Dans la même mouvance, NEF conseil SARL et lEcole libre Rudolph Steiner bénéficient ou ont bénéficié dune immatriculation auprès dun SRC.
La présence de lOffice culturel de Cluny sur le marché de la formation professionnelle est attestée par lAssociation Sainte Espérance, immatriculée auprès du SRC de Rhône-Alpes et installée dans le château de Machy, principal centre dactivité de la secte. Cette dernière est surtout représentée par la SARL MK Conseils, déclarée en 1996 dans la région Centre par le président de lOffice, M. de Kiss. Cette société déploie une activité de formation importante, son chiffre daffaires ayant atteint 2,7 millions de francs au cours de lexercice 1997-1998. Elle a dispensé des formations auprès de salariés du Bazar de lHôtel de Ville à Paris, de Cap Gemini et de Philips.
Le Mouvement du Graal a une activité de formation à travers le Groupe denseignement en acupuncture nouvelle et traditionnelle (GEANT), immatriculé depuis 1988 dans le Nord-Pas-de-Calais. Ce groupe a déclaré avoir formé quatre sages-femmes à lacupuncture et trente-et-un médecins dans le cadre de leur formation professionnelle continue. Ces stages sont révélateurs de linfluence du mouvement dans les milieux médicaux. La Commission ne cache pas son inquiétude devant leur existence. Il sagit en effet de stages dispensés par une secte dont plusieurs membres sont médecins et ont été sanctionnés par leurs instances ordinales.
La Nouvelle acropole a disposé dun organisme de formation à travers la société Hermès consultants dirigée par Mme Isabelle Ludwig, présidente de lassociation mère de la secte. Immatriculée au SRC dIle-de-France, cette société, aujourdhui radiée du registre du commerce, a notamment formé des salariés de la FNSEA.
Le Mandarom a également constitué une branche formation professionnelle avec lEcole des arts et des sciences de la vie, dénommé Hamsah Institut. Il sagit dune association installée à Aubagne dans les Bouches-du-Rhône. Disposant dun numéro dimmatriculation quelle présente dans sa plaquette publicitaire comme un numéro dagrément, elle propose notamment une formation intitulée " la santé par la maîtrise des lois naturelles régissant lhomme et son environnement " qui comprend plusieurs cycles destinés à rendre le stagiaire apte à exercer les soins et les bilans de santé, puis à se spécialiser dans une des techniques enseignées par lécole (nutrithérapie, médecine énergétique ou aryuvédique, aromathérapie, herboristerie ).
Cest également le cas de la Fraternité blanche universelle au sein de laquelle Mme Danièle Kieffer, une des responsables de la secte, a fondé lassociation Cenatho, immatriculée comme organisme de formation depuis 1990, dont lactivité de formation semble particulièrement dynamique, le bilan pédagogique et financier de 1997 faisant apparaître un chiffre daffaires de 1.957.595 francs.
Par ailleurs, la Méditation transcendantale, pourtant a priori peu présente dans le monde de lentreprise, a immatriculé auprès de ladministration de la formation professionnelle une de ses implantations, le Centre de formation pour loptimisation des ressources humaines (FOREH). Installé à Mirande dans le Gers, ce centre propose des itinéraires pédagogiques destinés notamment à connaître " les sources de la créativité " par lutilisation de la technique de la méditation transcendantale. Dune durée de 20 heures, ce stage était facturé 5.000 francs en 1995.
Enfin, la Maison de Jean, mouvement mêlé à plusieurs affaires judiciaires, sappuie sur la société Exoforma, structure gérée par le dirigeant de la secte, M. Claude André, et immatriculée en Ile-de-France comme organisme de formation. Exoforma a conclu plusieurs conventions de formation avec lANFA , organisme de formation et de mutualisation du secteur automobile, au sein duquel M. André était, au moment de la signature de ces conventions, responsable des affaires générales et sociales. Ainsi, dans le cadre du plan de formation du personnel de lANFA, Exoforma a réalisé une initiation à des logiciels de bureautique pour 27.500 francs. La société a également reçu de lANFA 24.000 francs pour un module destiné à des jeunes sous contrat dorientation à lemploi. Elle a enfin été retenue par le même organisme pour lexécution dun marché de 450.000 francs comprenant la réalisation dune opération de diffusion de supports dinformation destinés à promouvoir les métiers de la profession de la branche automobile. Lensemble de ces conventions a été conclu au début des années 1990. Pour autant, Exoforma semble avoir déclaré au SRC une activité qui ne reflète pas limportance des prestations réalisées.
![]()
[Home Page] [Cos'è il CESNUR] [Biblioteca del CESNUR] [Testi e documenti] [Libri] [Convegni]
[Home Page] [About CESNUR] [CESNUR Library] [Texts & Documents] [Book Reviews] [Conferences]