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Très présentes sur le marché de la formation professionnelle, les sectes agissent souvent en enfreignant la loi. Malgré leur manque de moyens, les services régionaux de contrôle de la formation professionnelle ont mis à jours plusieurs cas dinfraction au code du travail qui sont un indice de lampleur de la fraude déployée.
La transgression des règles de déclaration des formateurs
Les formateurs liés à des organisations sectaires, quil sagisse de personnes physiques, de sociétés ou dassociations, ne respectent pas toujours les règles prévues par le code du travail en matière de déclaration et dutilisation du numéro dimmatriculation.
Certains formateurs ne sont pas enregistrés. Cest, par exemple, le cas de Mme Jacqueline Moreau, " master " licencié par Stars Edge international, qui a diffusé auprès dentreprises de la région PACA un document publicitaire proposant des stages Avatar, dans lequel elle se prétend " agréée par la formation permanente " alors quelle nétait même pas déclarée auprès du SRC de sa région.
Les exemples dutilisation dun numéro dimmatriculation déclaré caduc par ladministration sont assez fréquents, et montrent la limite du dispositif de radiation mis en place en 1990. Récemment installé au 11 boulevard Montmartre à Paris, Landmark education international continue à proposer des stages alors que ladministration lui a notifié la caducité de sa déclaration. De même, M. Jacques Michel Sordes continue à se prévaloir de son numéro dimmatriculation en Ile-de-France en le mentionnant sur les documents publicitaires de formations quil organise actuellement dans son centre du Lot-et-Garonne. Il déploie également une activité, sous le même numéro, en Martinique et en Guadeloupe. LInstitut des sciences holistiques de lOuest utilise encore les numéros dimmatriculation de M. Pagé et de Mme Le Gouguec, alors que, comme on va le voir ci-dessous, le préfet de la Région Pays-de-Loire leur a interdit une telle utilisation.
Linfraction la plus fréquente consiste à faire passer un numéro dimmatriculation pour un numéro dagrément, et à en faire état dans des documents publicitaires, contrairement aux dispositions de larticle L. 920-6 du code du travail. Un tel détournement est notamment utilisé par lEcole des arts et des sciences de la vie liée au Mandarom, par Mme Carole Hannequin (" master " avatar) et par M. Sordes. Il sagit en effet dune pratique difficilement contrôlable, et un seul exemple de poursuite engagée sur de tels faits a été porté à la connaissance de la Commission. Il porte sur lInstitut de sciences holistiques de louest qui a été condamné en 1996 pour utilisation dun numéro dimmatriculation comme un label public attestant sa qualité de formateur.
· Le financement dactions ne relevant pas de la formation professionnelle
Les services régionaux de contrôle ont pu démontrer que certaines formations dispensées par des organismes sectaires nentraient pas dans le champ de la formation professionnelle. Ces exemples apportent la preuve que les sectes détournent lobligation de contribution des entreprises pour financer leurs actions de prosélytisme.
Les contrôles des SRC sappuient sur une décision du Tribunal administratif de Strasbourg rendue au sujet dun stage de développement dispensé par un organisme non lié à une secte, mais dont le contenu se rapprochait des techniques employées par ces dernières. Le tribunal a en effet considéré que " les actions dont la finalité est la prise de conscience de soi et des autres ou les actions qui sont utilisées comme démarche de développement personnel des participants ne relèvent pas directement de la formation professionnelle continue telle que définie par le législateur ".
À la suite de contrôles, plusieurs stages dispensés par les organismes ou les personnes mentionnées plus haut ont ainsi fait lobjet dune décision de rejet de la part de ladministration de la formation professionnelle, au motif quils ne pouvaient pas être rattachés aux catégories des actions définies à larticle L.900-2 du code du travail. Les séminaires Avatar organisés par Otium ont été par exemple assimilés à " une démarche strictement personnelle " et exclus à ce titre du champ de la formation professionnelle. De même, les caractéristiques des stages de développement personnel organisés par lInstitut des sciences holistiques de lOuest ont poussé ladministration à considérer les dépenses correspondantes comme extérieures à ce champ. Cest également le traitement qui a été réservé aux séminaires développés par Innergy qui ont été apparentés à une simple " démarche de développement personnel visant à lamélioration du bien-être de lindividu ", et à la méthode Silva dont le contrôle a démontré quelle reste centrée sur " le mieux-être personnel ( ) au moyen de méthodes relevant de la psychologie ou de la thérapie individuelles ".
Le contrôle réalisé sur les stages Avatar organisés par le Centre dépanouissement personnel de Céret dans les Pyrénées-orientales a montré que la secte a utilisé le dispositif de la formation professionnelle pour financer non seulement son action de prosélytisme, mais aussi les frais individuels de ses dirigeants. Le contrôleur a en effet mis en évidence que ces derniers ont imputé sur les frais du stage dimportantes et nombreuses dépenses personnelles ou directement liées à la préparation dactivités extérieures. Une partie des fonds publics estimée à 229.223 francs a donc servi à financer des voyages et de séjours en France et à létranger, des achats douvrages et des frais de publicité.
Bien quelles soient encore trop rares, les décisions prises par ladministration sur le fondement de la jurisprudence administrative permettent de remettre à leur juste place les stages de développement personnel conçus par les sectes. Elles montrent quil sagit de simples actions de sensibilisation à une méthode particulière, parfois accessible à des enfants cest-à-dire à un public non professionnel, et ne permettant pas la transmission dun acquis mesurable. Une telle mise au point a le mérite de tenter dendiguer le développement de techniques souvent caricaturales -- les exemples examinés plus haut en sont lillustration -- préjudiciables aux conséquences positives que les travaux menés dans le domaine du développement personnel peuvent apporter à la vie de lentreprise en améliorant les compétences professionnelles.
Pour autant, les conséquences juridiques de telles décisions ne sont pas clairement définies par le code du travail. Le rejet de dépenses de formation entraîne le remboursement par lorganisme des sommes correspondantes. Sil démontre que lactivité nentre pas dans le champ de la formation professionnelle, le SRC peut retirer le bénéfice de lexonération de TVA et en avertir les services fiscaux. Ce retrait ne semble cependant pas systématique. La Commission na par exemple retrouvé aucune trace des effets du contrôle du Centre dépanouissement personnel sur son assujettissement à la TVA. Au demeurant, ni le code général de impôts ni linstruction fiscale publiée sur ce point nindiquent la marche à suivre. De même, les conséquences des contrôles sur la validité des déclarations des organismes ne sont pas précisées par le code du travail. Dans le cas de lInstitut des sciences holistiques de louest, le préfet a interdit aux formateurs dutiliser à lavenir leur numéro dimmatriculation. Une telle décision fait cependant figure dexception, et la législation mériterait dêtre plus précise sur ce point. Enfin, les possibilités damendes semblent peu utilisées. Le détournement de fonds publics mis en évidence par laffaire du Centre dépanouissement personnel na, à la connaissance de la Commission, entraîné le paiement daucune amende au Trésor. De telles dispositions sont pourtant prévues aux articles L.920-9 et L.920-10 du code du travail.
Les possibilités de poursuites pénales ne semblent pas, elles non plus, être utilisées. La Commission na eu connaissance daucun exemple de procédure pénale engagée par ladministration de la formation professionnelle à lencontre de personnes liées à des organisations sectaires pour des faits entrant dans le cadre de leurs activités de formation, bien que ces poursuites soient prévues par le code du travail.
Ce constat sexplique, non par la rareté des infractions, mais plutôt parce que ladministration semble peu encline à saisir le parquet des affaires quelle découvre lors de ses contrôles. Il est par exemple symptomatique quaucune poursuite nait été engagée dans laffaire du Centre dépanouissement personnel de Céret.
Linfluence que les sectes ont acquise sur le marché de la formation professionnelle est révélatrice de létat dun secteur qui, en se développant très rapidement, a donné naissance au meilleur comme au pire. La Commission souhaite proposer des modifications de la réglementation qui permettent au dispositif dagrément voté en 1995 dêtre enfin appliqué. Elle suggère également des aménagements techniques susceptibles de freiner le développement des pratiques sectaires. Enfin, elle compte sur une plus grande mobilisation des acteurs concernés grâce à un programme de sensibilisation et lutilisation de toutes les dispositions offertes par le code du travail.
a) Permettre un agrément et un contrôle efficaces
Lobstacle avancé pour expliquer la non-application de la loi du 4 février 1995 repose sur un manque de moyens : lEtat ne dispose pas, ou ne veut pas affecter, des effectifs suffisants pour organiser lagrément des organismes de formation. Le même argument est utilisé pour justifier lextrême faiblesse du nombre de contrôles.
Afin de trouver une solution aux insuffisances chroniques de moyens mises en avant par ladministration, la Commission propose de confier lagrément et le contrôle des organismes de formation à un établissement public administratif auquel une part de la contribution annuelle des employeurs serait affectée.
Cette " agence dagrément et de contrôle " assurerait le rôle actuellement joué par le Groupe national et les services régionaux de contrôle de la formation professionnelle. En sinspirant des pouvoirs donnés à certains organismes comme lAgence du médicament, elle disposerait dinspecteurs et, de manière plus générale, de moyens conséquents, directement financés sur les fonds de la formation.
Sur ce point, la fusion en cours dachèvement du corps des inspecteurs du travail et de celui des inspecteurs de la formation professionnelle risque davoir un effet contreproductif qui renforce la nécessité de la réforme proposée par la Commission. On peut craindre en effet que cette fusion se traduise par une marginalisation du contrôle des activités de formation, les agents de ce corps unifié privilégiant les compétences traditionnelles de linspection du travail.
Le montant du prélèvement sur la contribution des employeurs au financement de la formation professionnelle serait affecté à cette agence dans une proportion fixée en fonction de ses besoins. Cette recette ne se traduirait par aucune augmentation des charges des entreprises, puisquelle serait prélevée sur le montant de la contribution à enveloppe constante.
b) Des aménagements techniques utiles
La réglementation de la formation professionnelle mériterait dêtre aménagée sur deux points : lautomaticité de lexonération de TVA, et les conséquences des contrôles sur limmatriculation des organismes.
Loctroi dun avantage fiscal fondé sur une simple déclaration dactivité semble constituer un facteur de multiplication des structures, et susciter un effet dappel préjudiciable à lhomogénéité du marché et à la qualité des formations. La Commission suggère de réserver lexonération aux organismes dûment agréés.
Le code du travail ne fixe pas les conséquences des contrôles sur limmatriculation des formateurs. Tout organisme dont un contrôle a révélé quil ne rentrait pas dans le cadre de la formation professionnelle ou quil sest prêté à des manuvres frauduleuses ne perd donc pas automatiquement le bénéfice de sa déclaration préalable, et peut continuer à utiliser son numéro dimmatriculation. Il conviendrait par conséquent de donner explicitement à ladministration, parallèlement au dispositif de caducité actuellement en place, le pouvoir de retirer limmatriculation aux organismes contrôlés. De telles décisions devraient être motivées et resteraient soumises au contrôle du juge.
c) Une plus forte implication de ladministration
La distorsion grandissante entre le nombre dorganismes de formation et les moyens mis en uvre par lEtat montre combien il est urgent de mobiliser ladministration.
Sur ce point, la Commission soutient la disposition du projet de loi relatif aux droits des citoyens dans leurs relations avec les administrations qui étend les compétences de la Cour des comptes aux organismes recevant des " cotisations légalement obligatoires " ou " des versements libératoires dune obligation légale de faire ". Par cette disposition, la juridiction financière trouverait dans la formation professionnelle un terrain particulièrement propice à son contrôle. Cette mesure contribuerait à combler une partie de lactuelle insuffisance des moyens de contrôle.
Le code du travail prévoit plusieurs dispositions que ladministration nutilise pas ou peu. Les manuvres frauduleuses qui ont été examinées plus haut nont, par exemple, pas donné lieu à lassujettissement à lamende payable au Trésor public prévue à larticle L.920-9, ni aux poursuites pénales prévues à larticle L.993-2. Le rejet de dépenses pour le caractère excessif de leurs prix semble être peu appliqué. De même, les contrôles portés à la connaissance de la Commission montrent que les règles relatives à la publicité et au démarchage sont peu sanctionnées, bien quelles soient fréquemment tournées par les formateurs. Il est donc important que lEtat utilise davantage toutes les dispositions que le code du travail lui offre.
La lutte contre le renforcement des réseaux sectaires dans la formation professionnelle passe également par une action de sensibilisation et de circulation des informations. Sur ce point, lorganisation régionale constitue un frein à leur diffusion. Un organisme de formation dont le lien avec un mouvement sectaire est connu dun SRC peut simplanter dans une autre région sans que linformation suive. La Commission suggère que, par voie de circulaire, une sensibilisation nationale à linfluence des sectes dans la formation professionnelle soit organisée au sein de toutes les administrations concernées, afin de décrire les méthodes de démarchage utilisées et les principales caractéristiques du contenu de stages dispensés et de présenter les infractions qui peuvent être retenues contre les formateurs concernés. Il est enfin indispensable que les entreprises soient alertées sur linfluence des sectes dans la formation par une campagne de sensibilisation organisée conjointement par lEtat et les organisations professionnelles.
d) Encourager les efforts en faveur de la déontologie
La Commission considère que les efforts damélioration de la formation professionnelle, par le développement des labels de qualité, représentent un des meilleurs moyens de lutter contre linfluence des sectes.
Les travaux menés sous légide de lAFNOR ont abouti à une certification " NF " des organismes de formation. Depuis 1990, un organisme professionnel de qualification (OPFQ) accorde un label en fonction de la pérennité, du professionnalisme et des références clients de la structure. Par ailleurs, certains secteurs ont mis en place leur propre label, comme le réseau des GRETA au sein de léducation nationale ou celui des chambres de commerce et dindustrie.
Ces expériences restent aujourdhui embryonnaires. La qualification OPFQ ne concerne par exemple actuellement que 485 organismes. LEtat a certainement un rôle dincitation à jouer : il pourrait organiser avec la profession, et notamment la Fédération de la formation professionnelle, un programme de " labellisation " qui mettrait tout particulièrement laccent sur les dangers que représentent les sectes pour la formation professionnelle.
II.- un poids financier insoupçonné
Mesurer la richesse des sectes nest pas une tâche aisée. Les mouvements sectaires, à quelques exceptions près, entretiennent le mystère sur le montant des sommes quils brassent. Dans ses investigations, la Commission sest souvent heurtée à lopacité des organisations et à la clandestinité des mouvements financiers. Les annexes au rapport font la synthèse des principales informations qui lui ont été communiquées sur trente sectes considérées comme financièrement les plus puissantes.
Un rapide examen de ces documents conduit à remarquer la présence de trop nombreuses rubriques non renseignées. Ainsi, la Commission na pas été en mesure dapporter des informations chiffrées sur les revenus de plusieurs sectes, comme la Fraternité blanche universelle, lEglise universelle du royaume de Dieu ou Energo-chromo-kinèse. Lémergence de Prima Verba, Avatar ou Landmark, cest-à-dire de mouvements éclatés en une multitude de personnes physiques ou morales chargées de propager la méthode ou le message sectaires, interdit toute globalisation des mouvements financiers en cause, bien que de nombreux indices montrent limportance de la circulation dargent. Ces lacunes sexpliquent souvent par labsence denquêtes administratives et surtout par la fin de non recevoir que les mouvements concernés ont opposée au dialogue que la Commission a tenté dinstaurer en leur adressant un questionnaire. Sur ce point, lattitude de la Scientologie est révélatrice : neuf des quatorze associations scientologues interrogées ont refusé de communiquer les résultats de leur comptabilité. Leurs réponses, rédigées sur un modèle unique, ne peuvent, aux yeux de la Commission, que renforcer la clandestinité qui entoure les pratiques de cette secte. Lattitude dorganisations comme Le Mandarom, le Mouvement raëlien et Tradition Famille Propriété, justifie la même appréciation: au-delà des protestations et des demandes daudition, la Commission na reçu de leur part aucune réponse à ses questions.
Malgré leur insuffisance, les éléments réunis permettent de faire un constat densemble : beaucoup de sectes ont acquis un véritable poids financier, et largent qui circule dans la mouvance sectaire atteint un niveau que la Commission ne soupçonnait pas. Ce constat est dautant plus inquiétant que les chiffres qui vont être commentés et ceux qui figurent dans les documents annexés au rapport se situent, la Commission en a la certitude, en-dessous de la réalité. Les informations recueillies concernent les structures les plus apparentes et ne couvrent pas lintégralité du réseau associatif sectaire, notamment les sommes rassemblées par les établissements locaux sur lesquels, faute de temps, la Commission na pas été en mesure denquêter de manière approfondie, à quelques exceptions près.
Lenquête a également permis de dégager des points communs dans lorigine et la finalité des biens détenus par les sectes. Malgré leurs différences dinspiration, les sectes ont les mêmes sources de revenu et les mêmes manières de les utiliser. En dautres termes, si toutes les sectes nont pas la même richesse, elles recourent à des méthodes comparables et montrent le même intérêt pour largent.
Tout dabord, un constat dévidence qui mérite néanmoins dêtre rappelé : toutes les sectes ne sont pas riches dans la même proportion. Cette inégalité devant largent sexplique par lancienneté du mouvement, les organisations les plus anciennes disposant généralement des fortunes les plus solides. Le degré daudience joue également dans limportance de leurs revenus. Cette influence est dautant plus grande que les adeptes constituent, la plupart du temps, la principale source de financement des sectes par les dons quils lui apportent et les prestations ou produits quils lui achètent. La richesse dune secte dépend aussi de son aptitude à recueillir de largent, et il existe sur ce point, on va le voir, des mouvements plus ou moins efficaces.
La Commission nest pas en mesure détablir un palmarès précis des plus grandes fortunes sectaires françaises. Ce nest au demeurant ni son souhait, ni son objet. Elle souhaite en revanche faire la distinction entre plusieurs niveaux de richesse. Ces niveaux découlent des informations quelle a recueillies sur les trente mouvements considérés comme financièrement les plus puissants. Deux critères ont été pris en considération : dune part le " chiffre daffaires " de la secte, cest-à-dire le montant des revenus annuels de lorganisation (le terme de chiffre daffaires devant être pris dans une acception plus large que son sens comptable strict) ; dautre part le patrimoine de la secte tel quil peut être appréhendé à travers le montant de lactif qui figure dans les comptes de ses structures, et à partir de lévaluation de ses biens immobiliers. Mesurées selon ces deux étalons, les sectes peuvent être réparties en cinq catégories.
1.-- Les deux sectes les plus riches
Deux organisations sortent incontestablement du lot par le poids financier quelles représentent. Il sagit des Témoins de Jéhovah et de la Scientologie.
Les responsables des instances dirigeantes de lorganisation jéhoviste ont accepté de répondre à la plupart des questions de la Commission. La consolidation des éléments quils ont transmis permet dévaluer le chiffre daffaires de la secte à 200 millions de francs par an (soit 130 millions de francs provenant des associations nationales et 70 millions de francs des associations locales) et son actif net comptable à un milliard de francs répartis entre 400 millions de francs détenus au niveau central et le patrimoine immobilier des implantations territoriales estimé à 600 millions de francs. Cette évaluation ninclut cependant pas le portefeuille financier que les associations locales détiendraient.
Faute déléments précis communiqués par les associations scientologues, le poids financier de la secte créée par Ron Hubbard est plus difficile à évaluer. La Commission dispose cependant de lestimation réalisée au moment du procès de lEglise de scientologie de Lyon. À partir de cette enquête dont le détail est exposé plus loin, le chiffre daffaires de la Scientologie en Europe peut être estimé à plus de 300 millions de francs par an, sur lesquels, selon des informations extra-judiciaires présentées ci-dessous, 60 millions de francs au moins viendraient de France.
On peut regrouper sous cette appellation huit des trente sectes présentées en annexe. Il sagit de mouvements qui, sans atteindre les montants recueillis par les Témoins de Jéhovah et la Scientologie, drainent plusieurs dizaines de millions de francs chaque année. La Soka Gakkaï est, par sa richesse, la troisième secte implantée en France : son patrimoine, acquis en partie grâce aux apports venant de lorganisation mère, représente 240 millions de francs, et son budget annuel atteint, certains exercices, une vingtaine de millions de francs. Viennent ensuite lAMORC avec un actif net comptable de 140 millions de francs et une trentaine de millions de recettes annuelles, puis Mahikari avec respectivement 60 et 15 millions de francs. On trouve également lEglise néo-apostolique dont les recettes sont estimées, certaines années, à près de 20 millions de francs, et qui dispose dun patrimoine immobilier estimé à plus de 130 millions de francs.
Bien que la Commission ne dispose pas déléments directement issus de leur comptabilité, le Mandarom et lAnthroposophie disposent indiscutablement dune " grosse fortune ". Les mouvements de fonds réalisés par la première atteignent en effet plusieurs dizaines de millions de francs, et les immeubles de la seconde sont estimés à plus de 33 millions de francs.
Par ailleurs, deux mouvements détiennent encore une indéniable puissance financière assise sur des investissements anciens, bien que, pour des raisons différentes, leur influence en France soit remise en question. Dianova dispose toujours dun parc immobilier évalué à plus de 100 millions de francs, issu des achats réalisés par les structures créées par M. L.J. Engelmajer. La branche française de la secte Moon est également à la tête dun patrimoine parfois prestigieux qui, daprès les éléments transmis à la Commission, dépasse 40 millions de francs.
Plusieurs mouvements atteignent chaque année un chiffre daffaires allant de 5 à 20 millions de francs, et entrent ainsi dans la moyenne des revenus sectaires. Huit des trente groupes faisant lobjet dune annexe se situent dans cette moyenne.
On y trouve Ogyen Kunzang Chöling dont les recettes annuelles sont estimées à 25 millions de francs, lEglise du Christ (entre 7 et 9 millions de francs), Invitation à la vie et lOffice culturel de Cluny (6 millions de francs certaines années). De même, avant la fin de ses activités, le budget dAu cur de la Communication (ACC) dépassait 5 millions de francs. Lensemble de ces mouvements, à lexception de lEglise du Christ et dACC, dispose par ailleurs dun patrimoine honorable qui oscille entre 4 et 10 millions de francs.
Trois sectes nont pas communiqué le montant de leur budget, mais limportance des biens immobiliers quelles possèdent ou quelles utilisent permet de les situer dans la moyenne de leur " congénères ". Il sagit de Krishna, de Tradition famille propriété et du Mouvement du Graal qui contrôlent un patrimoine supérieur à 10 millions de francs.
Les autres organisations sectaires semblent, si lon en croit les montants quelles ont déclarés, disposer dun poids financier moindre. Comme le montrent les annexes, cest apparemment le cas de quatre sectes sur lesquelles la Commission a recueilli des informations relativement précises qui montrent que leurs budgets varient entre 1 et 3 millions de francs. Il sagit souvent dorganisations dont laudience est plus réduite. Elles nen sont pas pour autant dénuées de moyens financiers, comme le montrent les exemples des Roses Croix dor et de la Pentecôte de Besançon dont le parc immobilier est évalué à une quinzaine de millions de francs.
Sagissant des mouvements qui, bien que répertoriés dans le rapport de 1995, ne font pas lobjet dune analyse spécifique en annexe, la Commission na pas eu connaissance dinformations montrant lexistence dune puissance financière particulière. Elle aurait tendance à ne leur attribuer quun poids financier moindre, tout en gardant une certaine prudence devant les possibilités dactivités clandestines et dinvestissements par personnes interposées que recèle toute activité sectaire.
Sept sectes ne peuvent être rattachées à aucun des groupes précédemment décrits. Aucune information suffisamment précise na en effet été communiquée à leur sujet, soit que les organisations concernées aient refusé de répondre aux questions de la Commission, soit que leur adresse et lidentité de leurs dirigeants naient pas pu être établies, soit enfin que leurs structures soient trop dispersées pour autoriser toute tentative de globalisation. Il sagit du Mouvement raëlien, de la Fraternité blanche universelle, dOrkos, de Landmark, de la méthode Avatar, dEnergo-Chromo-Kinèse et de la Fédération dagrément des réseaux (FAR).
Même si une évaluation de leur poids financier est impossible, les éléments relatifs au patrimoine immobilier utilisé par ces sectes, ainsi que les résultats des contrôles fiscaux réalisés sur certaines dentre elles, permettent, on y reviendra, de constater quelles sont loin dêtre guidées par des mobiles parfaitement désintéressés.
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